Magali B.

Là où naissent les glaces

Dargaud

24,00
par (Libraire)
15 juillet 2022

Une BD sublime, où la neige n'est jamais blanche

❄ Voici une BD où les icebergs craquent, où les luges s'enneigent, où les aurores boréalent (oui oui !). C'est sur la côte Est du Groenland que ça se passe, dans un fjord où Max Audibert s'est installé dans les années 1980. À 18 ans à peine, ce Marseillais l'a décidé : il sera chasseur de phoques (oui oui oui !) Une vocation qu'il mènera avec ténacité, courage et conviction, au point de devenir capable, à son tour, de transmettre aux jeunes générations ses connaissances en matière d'attelage de chiens et de construction de kayak.
❄ Ce parcours, pourtant hors norme, est raconté avec la belle simplicité que l'on réserve aux récits du quotidien. Il ne faut bien entendu pas s'y fier. Car la partie immergée de l'iceberg cache souvent des difficultés, parfois même des drames. Au-delà de la rudesse de sa propre adaptation, Max est ainsi confronté aux problèmes qui minent le Groenland d'aujourd'hui : l'alcoolisme et la violence qui va avec, les jeunes qui désertent, les suicides. Loin de plomber le récit, ces thématiques tragiques sont contrebalancées par une narration tout en légèreté, tantôt menée par Max lui-même, tantôt assurée par ses chiens de traîneau ou les corbeaux du village, voire par un crâne d'ours polaire qui trône sur son frigo.
❄ Le tout est magnifié – que dis-je, sublimé ! – par les illustrations de Simon Hureau. Vous serez ébloui·e par les couleurs fabuleuses qu'il donne à la glace : sous ses crayons, elle n'est jamais blanche. Et en tournant certaines pages, j'espère que, comme moi, vous tomberez en arrêt devant l'extraordinaire beauté de ces planches qui soudain se dévoilent, comme un panorama inattendu au détour d'un sentier ou au sommet d'une montagne.

Eva DÉZULIER

Elyzad

20,50
par (Libraire)
24 juin 2022

Amour inconditionnel et grand bonheur (de lecture !)

Pile à cheval sur la frontière entre la France et l'Espagne, le hameau de Machado vit au rythme minuscule de ses habitants : un propriétaire irascible, un berger à l'âme simple, quatre vieilles excentriques, une coquette pleine d'angoisses et de manies. La nuit, furtivement, passent les silhouettes des clandestins espagnols qui fuient le franquisme. Mais d'Histoire et de politique il n'est nullement question dans ce
roman ciselé comme un bijou. Ici, c'est d'abord et avant tout d' amour dont il est question - sans que cela ne soit une "histoire d'amour", à proprement parler.
🌙 Tout commence avec l'arrestation d'un clandestin espagnol qui en secret se confie au berger Machado les plans d'une étonnante machine à aimer. Celle-ci devra être construite puis apportée au fils du clandestin, afin de lui assurer de ne jamais manquer d'amour, même en l'absence d'un père. Ce que l'inventeur n'avait pas anticipé, c'est le chaos que la machine fabuleuse provoquerait une fois fabriquée (et quelles pages d'anthologie que celles qui racontent le montage de cette mécanique magnifique !). Car tout le monde n'est peut-être pas prêt à recevoir un amour dispensé de manière aussi universelle et inconditionnelle...
🌙 D'une originalité folle, d'une poésie infinie, le roman d'Eva Dézulier nous fait le cadeau d'une galerie de personnages tantôt attachants, tantôt inquiétants dont les actes ne cessent de nous surprendre et d'illustrer des questions d'une profondeur quasi-métaphysique. Rien n'est prévisible jusqu'à la dernière page. Et c'est un vrai bonheur !

par (Libraire)
10 juin 2022

Une déclaration d'amour à la montagne, tout en douceur

🏔 Des enfants qui rêvent de voir la mer, on en a raconté, on en a rencontré. Mais des enfants obnubilés par la montagne, les livres n'en montrent pas tant que ça : "C'est des rochers géants qui touchent le ciel !" Rien que pour ça, la petite Jana nous touche en plein cœur. On craque aussi pour sa bouille au sourire énorme, qui lui donne des airs de Meï (vous savez, la petite sœur dans Totoro, le dessin animé de Myazaki ?) Plus encore qu'avec ses parents, très discrets dans l'album, c'est avec sa chienne Billie que Jana partage son enthousiasme, livre d'images à l'appui. Et peu à peu monte l'impatience : quand la montagne pointera-t-elle enfin le bout de ses sommets ?
🏔 Car comme Zazie dans son métro parisien version Raymond Queneau, Jana joue de malchance. D'abord, il faut subir les bouchons pour quitter la ville et aller jusqu'à la montagne. Ensuite, Jana sera mal placée à l'arrière de la voiture pour distinguer, derrière les camions de l'autoroute, la ligne d'horizon toute crénelée. Et bien sûr, à l'arrivée, qui les accueille ? Le brouillard, bien entendu ! Au fil des pages, l'impatience communicative de Jana monte aussi en nous... jusqu'à la chute !
🏔 Cet album tout en tendresse laisse la part belle aux splendides aquarelles de David Wautier. Visages, architectures, paysages, nuages, intérieurs : chaque planche ouvre sur un nouvel environnement, très joliment croqué. Et pour mettre en mots cette histoire, l'auteur-illustrateur a su choisir quelques phrases toutes simples, très justes. De quoi éveiller des vocations de randonneurs·euses, dès l'âge de 3 ans !

par (Libraire)
27 mai 2022

Que feriez-vous, si vous découvriez un homonyme qui a fait les mêmes voyages que vous... il y a deux siècles ?!

🧑🧓 Ébahi, Guillaume Jan, né en 1973, découvre l'existence d'un certain Guillaume Jean, qui a vécu de 1824 à 1871. L'homonymie serait anecdotique si elle ne se doublait pas de coïncidences qui, comme toute coïncidence qui se respecte, s'avèrent délicieusement troublantes : même passion pour les Balkans, même appétence pour la cartographie, même insatiable bougeotte, même discrétion dans les milieux mondains. Bref, on aurait envie de dire que la pomme n'est pas tombée loin de l'arbre, ou que bon sang ne saurait mentir, ou encore que les chiens ne font pas des chats...
🧑🧓 Sauf que, sauf que : aussi loin qu'il ait pu remonter dans son arbre généalogique, Guillaume Jan (junior) n'a trouvé aucun lien familial avec Guillaume Jean (senior). Pas le moindre petit brin de cousinage ! En ayant placé sans le savoir ses pas dans ceux de son non-aïeul, Guillaume Jan ne pouvait que lui rendre hommage, avec un livre alerte et très plaisant à lire.

par (Libraire)
6 mai 2022

Un tourbillon d'optimisme et une bouffée de solidarité !

✨ Du haut de ses 11 ans, Mia n'a pas une vie comme tout le monde : elle habite dans le motel tenu par ses parents, en Californie ! Et même plus que ça : elle les remplace à la réception quand ils sont trop occupés aux travaux de rangement, nettoyage, réparation que nécessitent les chambres au quotidien. Évidemment, il se passe chaque jour une foule de péripéties, entre les locataires au mois et les voyageurs de passage, tandis que Mia essaie tant bien que mal de s'intégrer à son nouveau collège.
✨ En tant qu'immigrés chinois sans papiers, les parents sont à peine payés par un horrible gérant, qui s'enrichit sur leur dos, sans scrupules et en toute impunité. Révoltée par cette injustice, Mia se met en tête de... gagner un motel à un concours d'écriture ! Car travailler à leur propre compte permettra à ses parents de s'en sortir, elle en est certaine.
✨ Formidable tourbillon de vie et d'énergie, "Motel Calivista" aborde avec réalisme les questions de racisme et de précarité, dans un contexte où le rêve américain peut si vite tomber en miettes. Malgré ces thèmes graves, c'est un souvenir de sourire immense qui reste à l'issue de la lecture. Peut-être, tout simplement, parce que l'autrice évoque en grande partie des souvenirs de sa propre enfance ; une enfance heureuse malgré tout, qui a façonné une adulte joyeuse et battante. Quelle belle histoire ! Dès 10 ans