Les coups de cœur de Magali

Roman
À ce point de folie, Franzobel, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni (Flammarion, 2018)
Avant d’être un radeau de triste réputation, La Méduse était une fière frégate qui, en 1816, devait naviguer jusqu’au Sénégal. Sauf que le capitaine n’avait pas mis les pieds sur un bateau depuis un quart de siècle… Et ce qui devait arriver arriva : la fière frégate fit naufrage. Le fameux radeau accueillit 150 personnes, dont seules 15 en réchappèrent, grâce à des pratiques anthropophages qui firent scandale à l’époque et restent troublantes aujourd’hui.
On a beau connaître toute cette histoire, du moins dans ses grandes lignes, Franzobel réussit le tour de force de nous tenir en haleine pendant quelque 500 pages. Et il arrive même à nous faire rire, parsemant son roman d’anachronismes et de détails cocasses. Pourtant, toute cette histoire n’est pas amusante… Il s’agit ici de la folie humaine, et pas seulement celle qui pousse à dévorer des cadavres, mais aussi celle qui rend l’ambition et les hiérarchies plus importantes que la compassion et la solidarité. Un roman exceptionnel, dans une traduction absolument remarquable.

Beau-livre
Éthiopie, Éric Lafforgue (Elytis, 2018)
Éric Lafforgue ne prend pas de simples photos : il capte les regards. Dévoile les personnalités. Plonge au cœur de mondes oubliés. L’Éthiopie qu’il nous donne à voir est celle des gens qui la peuplent, avec leurs parures ancestrales, ponctuées d’accessoires « made in China » ; leurs corps nus soulignés de peintures et scarifications comme autant d’œuvres vivantes ; et surtout leurs incroyables cérémonies comme le « Kael », lors duquel les hommes bodis doivent grossir le plus possible pour attirer sur eux admiration et mariages heureux. Fabuleux !

Roman
Avec un peu de chance, Julianne Pachico, traduit de l’anglais (États-Unis) par Séverine Weiss (Plon, 2018)
Voici un superbe roman polyphonique et déroutant. Chaque chapitre étant centré sur un personnage différent, trouver ce qui les lie relève parfois du jeu de piste de haut vol !
L’écriture de Julianne Pacchico, incroyablement inventive, retranscrit avec vivacité le terrible chaos d’un pays sous l’emprise des narcotrafiquants. Et cette jeune auteure américaine n’hésite pas à manier un humour un peu grinçant, ce qui ne gâche rien ! Brillant !

Les coups de cœur d’Anne

Roman
Continuer, Laurent Mauvignier (éditions de Minuit, 2016, 2018 pour la version poche)
Le Kirghizistan, ou la dernière carte que joue Sibylle pour sauver son ado de fils. Son projet : une randonnée équestre à travers steppes ; ou bien est-ce une cavale – la fuite extraordinaire d’une femme brisée et d un garçon égaré ? Mauvignier sonde les méandres de l’âme avec justesse, simplicité et poésie, et fait de Continuer un voyage vertigineux, un western grinçant, une quête éprouvante et cruelle. Un immense coup de cœur… dont on ne sort pas indemne !

Roman
Ne m’appelle pas Capitaine, Lyonel Trouillot (Actes Sud, 2018)
Riche « Blanchette », apprentie journaliste, Aude enquête sur le passé de Morne Dédé. Dans ce quartier de Port-au-Prince en déshérence, elle va croiser la route de personnages singuliers. Parmi eux, l’acariâtre Capitaine, ancien professeur d’arts martiaux au charisme grinçant et au verbe chantant.
La langue de Trouillot est fluide et fantasque. Elle nous entraîne dans le marasme des ruelles délaissées, dans l’histoire complexe d’une île au mille inégalités et nous interroge sur la notion de libre-arbitre. Un dialogue étourdissant !

Bande dessinée
Mon Traître, dessin de Pierre Alary, scénario de Sorj Chalandon (Rue de Sèvres, 2018)
Dès la préface, Sorj Chalandon annonce la couleur : « Voici l’Irlande et sa terrible beauté. (…) les rues sombres, la brique, l’injustice, les trognes magnifiques, la pluie, la nuit des opprimés. »
Anne : « À cette liste, j’ajouterais les aplats rouges, verts et jaunes – autant d’éclats d’humanité dans la grisaille de la guerre ; la finesse du trait. Et puis les mots, les mots de Chalandon : économes, rêveurs et toujours chargés d’émotions. »

Festival Là-Bas, Vu d’Ici

La Géosphère a le plaisir d’être la librairie partenaire du festival Là-Bas, Vu d’Ici, qui aura lieu les 24, 25 et 26 août prochains au Vigan (Gard). Au programme : des films, de la danse, de la musique, des ateliers, de bonnes choses à manger, mais aussi des livres !

Nous accueillerons les auteurs suivants : Maïté Bernard, Samuel Chardon, Nathalie Duplan, Lucie Land, Maïdé Maurice, Valérie Raulin, Frédéric Paradis-Dijol et Ted Simon.

Et vos libraires vous ont concocté une belle sélection de récits et romans autour de la Patagonie, thématique centrale de cette 8e édition. Venez nombreux à ce rendez-vous des voyageurs !

Retrouvez tout le programme sur le site du festival >>

Rencontre autour de Bruxelles

Avec Marie Demunter, photographe,
et Laurent Bonneau, illustrateur

Le vendredi 10 août à 19h30,
à la librairie La Géosphère

La première est Bruxelloise d’origine, le second s’est laissé prendre au jeu de la découverte d’une ville inconnue. Pour réaliser Bruxelles (éditions Des ronds dans l’O, 2018), Marie Demunter et Laurent Bonneau ont évité les clichés touristiques, et le résultat est étonnant, avec de nombreux face-à-face photo/dessin. Les images sont complétées par des témoignages d’habitants, restitués dans la vivacité de conversations informelles.
La rencontre permettra d’en savoir plus sur le travail des deux artistes ainsi que sur la capitale belge, et sera suivie d’une séance de dédicaces.

Coups de coeur du moment

Roman
Dans la forêt, Jean Hegland (Gallmeister, 2018)
Alors que la civilisation s’effondre, Nell et Eva, 17 et 18 ans, trouvent refuge dans la forêt qui a bordé, effrayé et fasciné leur enfance. Réapprendre à vivre, sans électricité, sans essence… Et sans parent. Se libérer des acquis, ressusciter l’instinct, revenir à la terre, apprivoiser son corps, circonscrire le savoir. Si la trame de cette dystopie peut parfois sembler facile, le ton est juste, le propos fin et les personnages ciselés.

Beau-Livre
L’Iceberg rouge, Jean Villemin (Magellan & Cie, 2018)
L’iceberg rouge ressemble à Moby Dick : légendaire et redouté. Taché, dit-on, de la peinture du Titanic, il porte malheur à qui croise sa route. Cet ouvrage épaissit le mystère, dans les brumes évocatrices des encres de Jean Villemin. Un magnifique album pour les grands enfants que nous sommes !
Plus d’infos sur L’Iceberg rouge >>

Récit
Ambiance Kinshasa, Victor Muller (Transboréal, 2018)
Kinshasa, alias « Kin la Belle », regorge de gens fascinants et de situations étonnantes, même si la misère, la corruption et l’insécurité sont le lot de beaucoup. C’est avec un regard aiguisé et un incontestable talent de conteur que Vincent Muller nous raconte la capitale congolaise. Une quinzaine de courts récits, où il est question de concours de danse acrobatique, d’enfants des rues, d’impasses piégées, ou encore d’animisme christianisé. Vivant et passionnant !
Plus d’infos sur Ambiance Kinshasa >>