Des livres qu’on a aimés !

Roman – Suède
Le Livre d’un été, Tove Jansson, (magnifiquement) traduit du suédois par Jeanne Gauffin, 18€, La Peuplade, 2019
Respirez ! Vous êtes sur une minuscule île de Suède, où une grand-mère et sa petite-fille regardent passer les vagues, les nuages et le temps… C’est frais et bourré de tendresse, ce qui ne vous empêchera pas de vous laisser surprendre par l’espièglerie de ce singulier duo. Car la grand-mère, anti-conformiste jusqu’au bout des orteils, se fait un point d’honneur à transmettre son goût de l’inattendu et des idées farfelues à la jeune Sophie. Les longues journées d’été sont le théâtre d’occupations minimalistes (observer une plume de canard sur le sable mouillé) ou grandioses (reconstituer dans un marais, à l’aide de bouts de bois, la même Venise que celle de la carte postale reçue le matin même). Elles dissertent sur la texture de la mer, écrivent des traités à propos de la division des vers de terre, découvrent des grottes, entrent par effraction sur une île privatisée par un riche homme d’affaires. Chaque chapitre pourrait presque se lire comme une nouvelle indépendante. Pour autant, l’évolution de la petite Sophie, qui grandit et mûrit, tisse un fil conducteur entre toutes ces scènes d’un été suspendu entre vagues et vent.
Voilà pour votre été un livre vivifiant, souriant, décalé et plein de finesse, signé Tove Jansson, grande dame de la littérature suédoise, qui a drôlement bien fait de ne pas écrire que des histoires de Moumines !

Jeunesse – Voyage loufoque
Le Gravillon de pavillon qui voulait voir la mer, Claire Schvartz, 14€, Les Fourmis Rouges, 2017. À partir de 5 ans
Imaginez : vous êtes un gravillon, vous vivez dans la cour d’un petit pavillon avec vos 18300 frères et sœurs. Imaginez encore : la voiture qui vous roule dessus, les poubelles qui jutent, les talons qui écrasent… Voici la vie (et ses nombreux désagréments) de Dany, jeune gravillon du pavillon 43, rue Alexandre Dumas. Un quotidien des plus mornes, jusqu’au jour où Launay, un gros galet bien lisse, bien plat, vient enrichir la collection minérale.
Déposé nonchalamment sur le rebord du jardinet, Launey raconte avec mélancolie ses souvenirs de bord de mer. Ni une, ni deux : Dany se décide, lui aussi, il ira voir la mer ! N’en déplaise à la vieille brique toute coincée et médisante qui lui rappelle qu’on ne va pas bien loin sans pied… Aidé de Serge le bousier, un grand, périlleux et rocambolesque voyage commence. Objectif : rejoindre la tribu des galets !
Une petite pépite de drôlerie, qui fera rire et sourire les petits et les grands. C’est absurde et coloré, l’album fourmille de détails et regorge de tendresse. Une vraie ode au voyage et à la liberté, qui fait la part (très) belle à tous ces petits êtres les plus insignifiants… Un RÉGAL !

BD / Carnet de voyage – Voyage au long cours
Les Voyages d’Ibn Battûta, scénario de Lotfi Akalay, illustrations de Joël Alessandra, 29,90€, Dupuis, 2020
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Tangérois Ibn Battûta avait la bougeotte ! Lui qui voulait en premier lieu entreprendre son pèlerinage à La Mecque, il parcourra finalement une quarantaine de pays entre 1325 et 1353. Partout où l’Islam est implanté, en fait : du Maroc à la Chine, en passant par la péninsule arabique et Ceylan, ce qui ne l’empêche pas d’oser des incursions pleines de curiosité jusqu’en Afrique noire. Déserts, neiges, steppes, montagnes, mers déchaînées… Rien ne l’arrêtera dans son souhait avide de fouler de nouvelles terres.
Qui, mieux que le tandem constitué par l’écrivain tangérois Lotfi Akalay et le dessinateur-voyageur Joel Alessandra, pouvait donner vie en BD à cette figure fascinante ? En un épais volume (248 pages !), ils imaginent comment cet explorateur hors normes aurait, le temps d’un après-midi, relaté ses aventures au sultan Abu Inân. Le procédé s’avère aussi réaliste qu’efficace : comme nous le ferions en rentrant d’un si long voyage, Ibn Battûta se contente d’esquisser certaines étapes, tandis que d’autres prennent plus d’ampleur dans son récit, notamment ses (nombreuses !) conquêtes féminines et les anecdotes peu vraisemblables (donc croustillantes !) qu’il a entendues en chemin.
Résultat ? Un one-shot épatant ! Très agréable à lire, l’histoire est doublée d’une superbe galerie de portraits et paysages qui ravira les amateurs de carnets de voyage. Car les aquarelles et crayonnés de Joël Alessandra sont magnifiques – comme toujours.

Livres coups de ❤ pour les plus jeunes

Album dès 3 ans
À propos de la vie, Christian Borstlap, 2020, Casterman Jeunesse, 15,95€
La vie, c’est quoi ? Vaste question ! Mais pas besoin d’interroger un philosophe ou un biologiste. Christian Borstlap donne des réponses percutantes et tout en légèreté, accessibles aux plus jeunes. Avec de gros bonshommes et de chouettes bidules à pattes ! Et une conclusion qui s’impose : dans la vie, on n’est rien sans les autres. Ça fait du bien de l’entendre et de le répéter, par les temps qui courent…
Et pour l’anecdote pas si anecdotique que ça : pour ce bel album imprimé en Pologne, 50 arbres ont été replantés avec Reforest’Action pour compenser l’impact carbone lié à sa fabrication !

Roman 9-11 ans, Grand Nord
Magnus, tome 1 : Une histoire pour tuer le temps, Laurent Peyronnet, éditions Dadoclem, 9€ au format poche (2019), 13€ au format illustré par Godo (2012)
Collégien norvégien, Magnus est pris dans une terrible tempête de neige alors qu’il rentre chez lui à pied. La lumière qu’il aperçoit enfin dans la tourmente ne l’enchante guère : c’est la cabane d’un vieil ermite que ses copains et lui redoutent. Tant de rumeurs inquiétantes courent à son sujet !… Pas le choix, pourtant, il doit s’abriter. La rencontre s’avère plus agréable que prévu, mais très étrange malgré tout. Le vieux lui ouvre les portes d’une bibliothèque magique où il découvre, grandeur nature, des pans entiers de l’histoire et de la mythologie nordiques.
Un roman jeunesse rafraîchissant comme un bonbon à la menthe, délicieux jusqu’à la pirouette finale – pour les enfants qui veulent en savoir plus sur Odin, les Vikings et les éleveurs de rennes. Et pour ceux qui en redemanderaient (les bonbons, ça a toujours un goût de reviens-y), les tomes 2 et 3 les attendent de pied ferme !

Roman 10-12 ans, États-Unis
L’incroyable voyage de Coyote Sunrise, Dan Gemeinhart, traduit de l’anglais (États-Unis) par Catherine Nabokov, 18,90€, Pocket Jeunesse, 2020
C’est l’histoire de Coyote Sunrise, bientôt 13 ans, qui sillonne les États-Unis avec Rodeo, son hippie de père, à bord d’un vieux bus scolaire jaune aménagé en maison roulante. Ils vadrouillent ainsi depuis cinq ans, un peu sans but, accueillant des auto-stoppeurs au gré de leurs rencontres. Assez vite, on comprend que le papa fuit le souvenir douloureux de son épouse et ses deux autres filles, tuées dans un accident de voiture.
🚌 Ces vagabondages pourraient durer indéfiniment si Coyote n’apprenait pas un jour l’impensable : le parc plein de verdure de son enfance va être transformé en parking tout bétonné. Et c’est précisément dans ce parc que sa mère, ses sœurs et elle, juste avant l’accident, ont enterré une boîte à trésors pleine de mots doux, de dessins et de menus objets qu’elles étaient censées exhumer dix ans plus tard. On est samedi, les travaux commencent mercredi – et, bien évidemment, Coyote et son père sont à l’autre bout des États-Unis ! Une course contre la montre s’engage, d’autant plus palpitante que Coyote doit trouver un prétexte à peu près crédible pour convaincre son père de rouler dans cette direction, sans lui révéler ses intentions réelles, faute de quoi il risque de refuser catégoriquement.
🚌 Marquée par des péripéties rocambolesques, des amitiés qui se nouent pour le meilleur et le meilleur, l’adoption d’un chaton nommé Ivan et même d’une chèvre, sans oublier une course-poursuite effrénée avec la police, cette histoire est un pur bonheur ! La jeune Coyote est incroyablement attachante, drôle et sacrément attentionnée. Et son histoire fait rire (aux éclats) et pleurer (à chaudes larmes). Sans exagérer ! Ou alors, c’est peut-être parce qu’en la lisant, j’ai retrouvé puissance dix les émotions de mes 12 ans ?

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C’est l’été… Lisez !

Quelques-uns de nos coups de cœur…

BD, Japon
Maladroit de naissance, Yarô Abe, Le Lézard Noir (18€, février 2020)
Yarô Abe, inventeur de La Cantine de minuit, nous livre son enfance. Petit garçon maladroit, chétif et un peu décalé, il dessine à longueur de journée et apprend des chansons populaires sur son mélodica (enfin… celui de sa sœur !). Une famille aimante, un père drolatique (et presque toujours nu), des déceptions amoureuses, la région de Shimanto sur l’île de Shikoku : ces souvenirs tendres courent de l’an 40 de l’ère shôwa jusqu’à sa fin (1965-1980). Une quinzaine d’années faite de petits riens, ponctuée d’infimes déconvenues, emplies d’amour.
On retrouve la délicatesse du mangaka et l’attention bienveillante qu’il porte à la vacuité du quotidien. On se laisse happer par ces tranches de vie somme toute banales, contées avec malice. On se pelotonne dans l’amour débordant, quoique parfois prosaïque, d’un père pour son fils.
La poésie des jours heureux flirte avec la trivialité ordinaire (pets et ivresses sont à l’honneur). Yarô Abe, qui ne se donne jamais le beau rôle, intransigeant avec lui seul, et « maladroit de naissance », manie avec génie l’élégance du subtil et sublime la monotonie. Ça fait du bien à l’âme… et vraiment chaud au cœur.

Roman, Liban
Une baignoire dans le désert, Jadd Hilal, 12€, Elyzad, 2020
En librairie, il existe ce genre de rencontre : un petit livre semble avoir été posé là pour vous. Il vous attend, sans prétention, sans grands airs ni grand nom, sans bandeau aguicheur. Le titre vous amuse, la couverture vous embarque (il faut dire qu’elle est belle !), la quatrième ne vous dit pas grand chose, juste suffisamment pour sceller le pacte. Et hop, le voilà vôtre ! Pressé.e de découvrir cette acquisition impulsive, c’est sur un banc, dans un parc, en moins d’une heure, que vous consommez cette nouvelle relation… Qui risquera fort de vous trotter dans la tête un petit moment !
Une Baignoire dans le désert fait partie de ces petites merveilles inattendues dont la lecture suspend le temps. Il s’agit d’une fable philosophique, venue du fin fond d’un désert. L’histoire est simple : le petit Adel n’a jamais manqué de rien, sauf de vrais amis. Heureusement Darwin, un scarabée géant, et Tardigrade, un autre type d’insecte fabuleux, sortent de ses pensées et l’accompagnent, le veillent, le conseillent lors de ses longues journées solitaires. Lorsque la guerre éclate dans son pays, le petit garçon isolé se retrouve prisonnier des « Chabab-el-Sahra » (combattants du désert), opposés au « Chabab-el-tilal » (combattants des dunes). Pour convaincre le cheikh qu’il n’est pas complice de l’ennemi et s’affranchir de cette guerre absurde (laquelle ne l’est pas ?), Adel devra sortir de sa réserve d’enfant, et exercer son libre-arbitre. L’archétype du conte initiatique, donc ; une fable intemporelle sur le passage à l’âge adulte et le destin que l’on se forge (ou pas, si on regarde de plus près ces soldats apathiques qui « n’ont pas envie de se poser des questions », qui « errent comme des fantômes » et qui « attendent qu’on les prenne par la main »).
Il y a quelque chose d’Anouilh dans l’écriture d’Hilal, d’une poésie et d’une finesse sans fioriture. Comme sa lointaine cousine Antigone, Adel apprend à « dire non », avec plus de tendresse, de naïveté, sans tragique ni pathos. Sous le patronage bienveillant de Miles Davis, Jacques Prévert ou encore Hegel, le petit Adel façonne son chemin d’homme libre… ou presque, car comme nous le rappelle l’auteur en citant Christiane Baroche en exergue « Quitte à devenir le vassal que la vie parfois nous oblige d’être, choisis ton maître. »
Une pépite à mettre entre des mains petites ou fripées, qui vise l’universel et touche au cœur de notre identité.

Beau-livre, Indonésie
Mentawai. Les Sages de la forêt, textes et photos de Raymond Figueras, gravures de Loïc Tréhin, 22,90€, Elytis, 2020
Nombreux sont les voyageurs d’aujourd’hui à se poser la même question : existe-t-il encore des lieux reculés, préservés des trépidations du monde soi-disant « moderne » ? Que reste-t-il à explorer ? En racontant ses séjours sur l’île de Siberut, dans l’archipel indonésien, Raymond Figueras apporte la preuve que oui, certains peuples installés au cœur d’une nature indomptée persistent. Lui-même écrit avoir été frappé par « ces images d’un temps [qu’il] croyait révolu ». Et pour cause ! Les « hommes-fleurs » qu’il rencontre, le corps marqué par de nombreux tatouages rituels, n’ont pas renoncé à la vie quasi autarcique dans une forêt incroyablement nourricière : les branches deviennent des arcs, les roseaux des flèches, les fibres végétales des cordes, les bambous des pilotis de maison, sans oublier les fruits qui se mangent, les feuilles qui enveloppent les aliments à cuire, les fleurs qui ornent les cheveux…
Sous la plume précise de Raymond Figueras, on découvre en détails un quotidien occupé par les parties de pêche et de chasse, mais aussi les cérémonies chamaniques qui rythment leur existence. Un récit passionnant, magnifié par les splendides gravures (sur bois, bien entendu !) signées de Loïc Tréhin. Un bijou !

Visioconférence – Des artistes portent la voix de SOS Méditerranée

Jeudi 11 juin, 19h30

avec les auteurs-illustrateurs François Place et Christophe Besse,
ainsi qu’Agnès Defrance, bénévole à SOS Méditerranée et co-initiatrice du projet « Ce qui reste de nous ».
Livre jeunesse solidaire, Ce qui reste de nous (éditions Le port a jauni, 2020) aborde l’exil tout en poésie. Il a été réalisé bénévolement par 38 écrivains et illustrateurs dans le but d’accompagner le public vers une prise de conscience de cette réalité parfois difficile à raconter. Chacun-e, à sa façon, évoque, suggère, raconte, illustre avec des mots et des images ce que peut être le trajet des enfants qui quittent leur foyer pour se jeter sur les routes – et les mers – pour fuir la guerre, la misère. Les bénéfices de la vente de ce livre jeunesse sont intégralement reversés à SOS Méditerranée.

👉 Les trois intervenants vous présenteront le projet et répondront à vos questions.

👉 Visioconférence gratuite, via Zoom.
Pour y assister, connectez-vous à 19h30 précises en cliquant sur le lien suivant : https://us02web.zoom.us/j/82704647597

Évadez-vous en lisant nos coups de cœur !

L’Enfant du fleuve, Luis do Santos, traduit de l’espagnol (Uruguay) par Antoine Barral, 15€, éditions Yovana, 2020
Aux confins de l’Uruguay, là où le fleuve du même nom trace la frontière avec le Brésil, un petit garçon tente de grandir. Entre un père violent et une mère indifférente, ce n’est pas chose facile. Alors le petit garçon se réfugie dans ses rêveries, ses amitiés cabossées et ses frasques. Faute de susciter l’amour de ses parents, il attire leur attention en faisant les 400 coups, sous la houlette d’un grand-père fantôme de bien mauvais conseil…
Et quand ça va trop mal, il grimpe très haut dans un arbre qui lui sert de refuge. La nature, luxuriante dans ce coin de jungle à peine domestiquée, truffée d’insectes et de serpents, est omniprésente, tout comme le fleuve du titre, cours d’eau tumultueux qui promet autant de robinsonnades que de menaces de noyades. Voici un roman bref et percutant, un roman aux allures de conte initiatique – un roman que l’on referme avec les larmes aux yeux.

Hot Maroc, Yassin Adnan, traduit de l’arabe (Maroc) par France Meyer,
24€, Actes Sud, 2020

Il est lâche et balade sa « tête de rat » (lui préfère la comparaison à l’écureuil) en rasant les murs. Rahhal est d’une insignifiance crasse dans la vraie vie, mais sur les méandres de la toile c’est tout autre chose ! Véritable troll gonflé de haine, c’est par le biais des réseaux sociaux que cet étudiant raté en littérature règle ses comptes avec quiconque a mieux réussi que lui. Et c’est évidemment sur la toile que ses talents de nuisible sont appréciés à sa juste valeur et qu’il se fait approcher… par les services de sécurité marocains. Sur la revue en ligne « Hot Maroc », il devient alors le vecteur des fake news et autres rumeurs cruelles que lui dictent les taupes du gouvernement… Hot Maroc est une « comédie animale » et satirique, où tout le monde en prend pour son grade : bourgeois affairistes, intellectuels prétentieux , prédicateurs intéressés, militants prêts à retourner leur veste. C’est le Maroc d’aujourd’hui qui s’anime sous la plume féroce de Yassin Adnan, poète, journaliste et romancier enfin traduit en français ! Alors même si Hot Maroc est sorti en mars 2020 juste avant le confinement, ne passez surtout pas à côté !

Miss Laila armée jusqu’aux dents, Manu Joseph, traduit de l’anglais (Inde) par Bernard Turle, 19€, éditions Philippe Rey, 2020
C’est le matin. Akhila, toute fringante, rentre de son footing. Elle découvre alors que l’immeuble de Bombay où elle habite s’est à demi effondré suite à un tremblement de terre. Lorsque les sauveteurs décèlent la présence d’un survivant sous les décombres, elle s’avance. Aussi menue que sportive, elle fait valoir qu’en outre, elle est sur le point de décrocher son diplôme de médecine ; c’est donc elle qui se faufilera jusqu’au blessé pour lui administrer les premiers secours, le temps qu’un passage soit frayé pour le sortir de là. Seulement voilà : le blessé lui confie par le menu les détails d’un acte terroriste qui serait sur le point d’être perpétré. Une course contre la montre s’enclenche, pour tenter de déjouer l’attentat avant qu’il ne soit trop tard.
Tensions interreligieuses, questions féministes, problématiques médiatiques… Le roman de Manu Joseph délivre un instantané saisissant de l’Inde d’aujourd’hui. Le rythme énergique de sa narration et le franc-parler de son style, mi-politisé mi-grinçant, en font un livre engagé, à la saveur toute particulière.

Confinés ? Lisez !

Nos coups de cœur du moment

Rappel : en cette période de confinement, vous pouvez pré-commander des livres à La Géosphère. Pour cela, il vous suffit de nous envoyer un petit mail à librairiegeosphere@gmail.com, et nous vous indiquerons la marche à suivre.

Roman, États-Unis
Le Chant de la frontière, Jim Lynch, traduit de l’anglais américain par Jean Esch (éditions Gallmeister, 2020, 10,80 €) 
Envolons-nous ! Littéralement. Pour cela, un guide vous attend : Brandon Vanderkool. Hâtez le pas, il ne vous attendra pas ! Ce géant loufoque et sensible n’a qu’une passion, les oiseaux (et puis une certaine Madeline, peut-être, aussi…). Pour les observer, il sillonne des kilomètres et des kilomètres le long de la frontière américano-canadienne – quand il ne s’adonne pas au land-art, ou ne donne pas un coup de main dans la ferme en faillite de son père. Fraîchement recruté par la police des frontières, le lunaire mastodonte commence à enchaîner les arrestations : petits trafiquants, terroristes supposés, réfugiés en errance. Est-ce parce qu’il est dyslexique ? Autiste ? Qu’il possède une perception unique des choses ? Que les oiseaux eux-mêmes lui servent d’indics ? Dans ce petit monde au bout du monde, il n’en faut pas plus pour susciter les bavardages. Et pendant ce temps-là, une voisine canadienne, Madeline la révoltée, s’initie au trafic de drogue pour fuir cette communauté…
C’est une satire douce-amère à laquelle Lynch s’adonne. Dans cette micro-société peinte par l’auteur, on observe avec humour les phénomènes paranoïaques et les tendances terrorisées des concitoyens. Et Brandon Vanderkool, électron libre et poétique, nous offre son regard résolument bienveillant, optimiste et sensible sur le monde. Une lecture bien à propos, qui nous invite, comme Brandon, à voler au-dessus de tout ce qui nous divise…

Roman, Japon
Les chats ne rient pas, Kosuke Mukai, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako (éditions Philippe Picquier, 14 €, à paraître en septembre)
Je suis sûre que vous avez besoin de douceur… De chaleur… De lectures qui vous embarquent sans prise de tête… En tout cas, c’est mon cas, en ces temps de confinement. Et c’est exactement ce que j’ai trouvé dans Les chats ne rient pas, roman tout simple de Kosuke Mukai. Au cœur de l’intrigue se blottit Son, un vieux chat mourant. Renko, la femme qui s’en occupe, a décidé de renouer avec son ex-compagnon pour qu’il puisse lui aussi accompagner l’animal dans ses derniers moments. Le nouveau compagnon de Renko est d’accord – il n’a pas eu son mot à dire, en fait. Drôle de constellation, que celle qui se met alors en place autour du matou en fin de vie. Le passé ne manque pas de ressurgir, faisant émerger quelques rancœurs, mais aussi le désir de réparer certaines erreurs. Un profond respect, empreint de cette retenue si typiquement japonaise, irrigue les relations de cet étrange quatuor. Et ça fait du bien. Tout simplement.

Roman, Afrique du Sud / Angleterre / Pologne
Débutants, Catherine Blondeau (éditions Mémoire d’encrier, 2019, 25€)
Imaginez un arbre. Le tronc noueux, massif, solidement ancré dans la terre. Des branches qui s’élancent loin dans le ciel. Majestueux ! Le roman de Catherine Blondeau lui ressemble. Le tronc, c’est Nelson le Sud-Africain. Colérique, solaire, brillant. De ce centre émergent plusieurs branches : l’une explore les peintures rupestres préhistoriques, puisque c’est la spécialité de ce personnage ; une autre fouille jusqu’à la nausée l’histoire de l’apartheid.
Et notre arbre compte encore deux branches maîtresses : celle de Peter l’Anglais (sensible, mélomane, discret) et celle de Magda la Polonaise (libre, effrontée, déroutante), qui nous embarquent successivement dans le Londres underground et homosexuel des années 1980, puis à Wałbrzych, ville qui fut tour à tour prussienne, allemande et polonaise. Et voici ce qui bourgeonne encore sur cet arbre magnifique : ici la question de l’exil et du racisme, là celle de l’amour, sous toutes ses formes, plus loin celle de la filiation…
Kaléidoscope plein d’audace, d’une remarquable cohérence, Débutants ne semble pas avoir été écrit par une débutante. Et pourtant, c’est le premier roman de Catherine Blondeau. Un pavé de 550 pages que l’on voudrait pouvoir lire d’une seule traite : un coup de maître !

Roman, Soudan
Les Jango, Abdelaziz Baraka Sakin, traduit de l’arabe (Soudan) par Xavier Luffin (éditions Zulma, 2020, 22,50 €)
Bienvenue au royaume des bonimenteurs, du verbe haut en couleurs – bienvenue chez les prostituées au grand cœur, chez les racoleurs, les invétérés buveurs et les laborieux travailleurs. Bienvenue chez les Jango, « sages à la saison sèche, et fous à la saison des pluies ».
Al-Hilla, région du Soudan proche de la frontière éthiopienne. C’est ici que l’on rencontre les Jango, saisonniers de la terre. Lorsque les récoltes sont finies, c’est l’alcool et les femmes qu’ils consomment à foison. Et ainsi, depuis toujours, va la vie.
Seulement voilà, un jour s’installe une banque à Al-Hilla. Puis un réseau de télécommunication. Enfin, coup de grâce, les moissonneuses-batteuses. Et c’est la révolte de ce peuple cosmopolite et bigarré, sublime et sans espoir, qu’Abdelaziz Baraka Sakin narre dans ce deuxième roman, (évidemment) interdit au Soudan. Avec beaucoup d’humour, l’auteur décrit la guerre. L’ennemi du peuple, ici, n’est pas l’Autre, mais le gouvernement.
Au fil d’une narration erratique, Abdelaziz Baraka Sakin nous décrit un Soudan insoupçonnable, politique, subversif et jubilatoire. Un pays où les djinns côtoient les transsexuel.le.s et où les femmes mènent la danse, et la révolution ! Mosaïque chamarrée et vibrante, Les Jango nous embarque dans sa transe !

Et vous, que lisez-vous ?

Lectures à écouter et à partager

Pour les petits et les grands,
La Géosphère offre
des lectures à voix haute.

L’occasion de s’évader grâce aux livres ! Lectures d’albums jeunesse, de poèmes ou d’extraits de romans : il y en a pour tous les goûts, et c’est simplement accessible depuis votre ordinateur.

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Vous y retrouverez, entre autres : Le Voyage d’Anoki d’Antoine Guilloppé (Gautier-Languereau, 2013), magnifique histoire dès 3 ans, qui vous embarque dans le Grand Nord avec la voix de Judith, 6 ans ❤

Rencontre autour de la Guyane

Vendredi 13 mars, 19h30
au Centre culturel Lacordaire
(6, rue des Augustins)

⚠ Rencontre reportée ⚠
à une date ultérieure

[☝ 1 soirée, ✌ 2 auteurs]
Vous rêvez d’aventures dans la jungle amazonienne ?
🦋 Cap sur la Guyane ! 🦋

La Géosphère est heureuse d’accueillir le photographe Karl Joseph et l’auteur Christian Dedet. La soirée s’ouvrira sur une projection des photos de Karl Joseph, issues de son magnifique ouvrage La Guyane du Capitaine Anato (éditions du Rouergue, 2019, avec des textes inédits de Colin Niel).

Puis, avant les échanges avec le public, le photographe dialoguera avec Christian Dedet, auteur de Carnets de Guyane. En descendant le Maroni (éditions Transboréal, 2019), récit de voyage écrit d’une plume remarquable.

Séance de dédicaces à l’issue de la rencontre

Ne manquez pas cette rencontre exceptionnelle !
(en plus, c’est gratuit 😉)

Rencontre BD avec Gaston

Vendredi 28 février, 19h30
à la librairie

[Coup de ❤ BD !] Sur la vie de ma mère (La Boîte à Bulles, 2020), c’est le portrait magnifique et bouleversant d’une femme libre, à contre-courant des clichés. Gaston nous conte l’existence de Jeanne, Jeannette, son héroïne, pionnière des mères célibataires, enseignante, globe-trotteuse : sa maman. Du Maroc à Haïti en passant par la France et le Mali, Gaston nous narre un quotidien plein de tendresse souvent, de rudesse parfois, mais d’amour toujours. On retrouve le trait énergique du dessinateur de presse et de carnets de voyage, mais le ton est plus retenu, plus pudique. À découvrir absolument !

👉 Rencontre gratuite – Pour des raisons d’organisation, merci d’annoncer votre présence,
par mail (librairiegeosphere@gmail.com) ou par téléphone (04 99 06 86 29)

Nos coups de cœur du moment

Roman – Grands espaces américains
Au loin, Hernán Díaz, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christine Barbaste, éditions 10-18, 2019 (8,10 €)
Voici une pépite, une perle rare – un éblouissement. Au loin n’est pas un énième roman américain. C’est un western à l’envers, porté par un anti-héros magnifique.
Fin XIXe, San Francisco. Håkan, jeune paysan suédois, voulait refaire sa vie à New York avec son frère. Le désespoir l’étreint lorsqu’il s’aperçoit qu’il a débarqué, seul, à l’autre bout du continent. Il n’aura alors de cesse de suivre le soleil levant pour tenter de rejoindre son but initial. C’est donc à contre-courant du flot de pionniers, chercheurs d’or, explorateurs et savants fous, qu’il se met en chemin. Au sein de ces espaces infinis et hostiles, toutefois, il ne peut faire autrement que de trouver des compagnons de route, voire d’infortune. Géant taiseux au cœur immense, colosse qui grandit en permanence, hercule terrifié par ses prochains, Håkan est un personnage qui vous restera longtemps en mémoire. Et Au loin pourrait bien figurer sur la liste des plus beaux romans que vous ayez lus dernièrement !

Album jeunesse dès 3 ans – Jungle
Gaston Grognon, Suzanne & Max Lang, traduit de l’anglais par Eva Grynszpan, Casterman Jeunesse, 2020 (13,90 €)
Un coup de cœur ? Ou peut-être bien coup de gueule, dis ! Car comme nous l’explique Gaston le chimpanzé, y a pas forcément de raison pour être ronchon. Même si le soleil brille, même si les copains chantent et dansent et que les oiseaux pépient, on a tous le droit, parfois, de bouder dès le lever… Non mais !! Devant l’insistance de tous les amis de la savane, Gaston commence par faire semblant. « Tu es tout tassé » lui lance le marabout. Alors Gaston se redresse. « Tes sourcils sont tout froissés », remarque le lémurien. Alors Gaston se lisse le front. Oui mais non, non et re-non ! A quoi bon faire semblant ? Quand on est grognon, on est grognon ! Un album hilarant et coloré, avec un petit air de dessin animé !

Polar – Occitanie
Rouge Tango, Charles Aubert, 20 €, Slatkine & Compagnie, 2020
L’aventure n’a pas toujours besoin de latitudes lointaines. En témoignent les excellents polars de Charles Aubert situés dans les étangs palavasiens – vraiment tout près de Montpellier ! Après Bleu Calypso, paru chez Slatkine & Compagnie en 2019 et tout juste réédité chez Pocket, voici Rouge Tango. On y retrouve le personnage si bourru et si attachant de Niels, quadragénaire qui a abandonné carriérisme, agendas pleins à craquer et rendez-vous d’affaires. Dans sa cabane en bord d’étang, loin de la fureur du monde, il fabrique des leurres de pêche artisanaux. Un décor idyllique, tout de reflets dans l’eau et de vols d’oiseaux, où même la pêche est une activité non-violente (Niels pratique le « no kill »). C’est pourtant ce petit paradis qui devient, sous la plume efficace de Charles Aubert, le théâtre de morts pas très très naturelles. Et nous voilà embarqués, aux côtés de Niels et de sa coéquipière tout feu tout flamme, dans une enquête policière pleine de rebondissements (et d’émotion !), au dénouement encore une fois inattendu.