Nos lectures préférées du moment

Album jeunesse – Tolérance
Le Mur, Giancarlo Macri et Carolina Zanotti , éditions Nuinui, 2019
Un beau matin, le roi Bleu sort de son château pour se promener en son royaume. Stupéfait, il constate que ce dernier est envahi de Rouges, de Jaunes, de Verts, de Gris. Ensemble, sujets bleus et colorés vivent, ratissent, construisent, et créent. Mais quel bazar, quel manque d’harmonie, selon Sa Majesté ! Sans attendre, la décision est prise : il faut construire un mur pour séparer l’azur de tout ce joli monde. Seulement, sans les Verts jardiniers, sans les Jaunes sculpteurs, sans les Oranges artistes et les Bruns bâtisseurs, le voilà qui s’ennuie, le grand sire esseulé ! Aussitôt dit, une solution est trouvée…
Un album réjouissant et drôle sur le vivre-ensemble et l’acceptation des différences. Avec un vrai mur dedans !
Dès 4 ans
💙💛💚❤💜💟

Roman – États-Unis
Une ville de papier, Olivier Hodasava, éditions Inculte, 2019
Vous aimez les cartes et les histoires de cartographie ? 🗺
Lisez Olivier Hodasava ! Dans un style d’une fluidité bluffante, il raconte comment, au moment de l’essor de l’automobile aux États-Unis, les groupes pétroliers rivalisaient pour offrir à leurs clients des atlas routiers de leur cru. Des atlas qui, pour ne pas être plagiés, comportaient tous un détail inventé de toutes pièces : une « ville de papier ».
De ce fait réel découle un roman troublant, autour d’une ville de papier imaginaire. Réalité et fiction s’entremêlent, brouillent les pistes, traversent les époques, multiplient les témoignages plus vrais que nature, dans un livre qui ressemble à s’y méprendre à un vrai-faux reportage. C’est brillant et en même temps plein de douceur et de fantaisie.

Roman ado – Cambodge
Le Trésor de Sunthy, Arnaud Friedmann, Lucca Éditions, 2019
Tout commence par une question d’ado : Garance porte-t-elle un prénom « bourge », ou pas ? Cette interrogation entraînera la jeune fille dans une quête de ses origines, et particulièrement du destin de son grand-père cambodgien.
C’est avec un sens remarquable de la narration qu’Arnaud Friedmann raconte dans ce roman un pan de l’histoire du Cambodge, mais aussi sa fascination pour le métier d’historien.
À partir de 14 ans

Roman – Maroc
Tangerine, Christine Mangan, HarperCollins France, 2019
Tanger, 1956. Alice Shirpley n’y arrive pas. L’accablante moiteur de l’été, la violence omniprésente de la ville : la jeune et fragile expatriée se terre derrière les volets de sa villa, attendant quotidiennement de le retour de son insaisissable mari. Cette torpeur mortifère vole en éclat à l’arrivée de Lucy, son amie de collège. À la surprise des retrouvailles succèdent l’euphorie – les explorations urbaines, la complicité retrouvée – puis rapidement le doute, la défiance, les non-dits pernicieux. Christine Mangan signe un duel anxiogène qui se lit comme un polar hautement psychologique. Un cruel jeu de dupes au soleil. Le portrait gothique d’une Tanger magnétique aux prémices de son indépendance.

☀️☀️☀️

Quelques bonnes lectures pour bien entrer dans l’été !

Récit – Madagascar
Robinsons père et fils, Didier Tronchet (Elytis, 2007)
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Didier Tronchet a plus d’une plume dans son encrier ! Auteur de BD avec Vertiges de Quito, chroniqueur avec Petit traité de vélosophie, il nous charme encore avec Robinsons père et fils, le court récit de son long séjour sur l’île aux Nattes, toute petite île de 3 km² située au large de Madagascar. Or il corse l’affaire en partant avec son ado de fils (pleinement conscient et consentant). Lui qui s’imaginait renforcer leurs liens au fil de randonnées sur le sable chaud et de baignades en lisière de coraux, le voilà confronté à l’envol de son jeune gars. Bien dans sa peau bronzée, heureux d’aller au lycée à pirogue, le rejeton vit sa vie, laissant le papa à la sienne, dans un décor paradisiaque qui le confronte à quelques questions existentielles. Questions qu’il nous confie avec drôlerie et tendresse dans ce joli petit bouquin.

Polar – Tour de France
Mort contre la montre, Jorge Zepeda Patterson (Actes Sud, 2019)
Les aficionados du Tour de France n’ont qu’à bien se tenir !*
Si les coureurs cyclistes sont prêts à perdre leur vie dans des descentes suicides à plus de 90 km/h, iront-ils jusqu’à éliminer leurs concurrents ? Ce qui est sûr, c’est que cette année-là, la Grande Boucle semble maudite : accidents, sabotages et même explosion, rythment les étapes. Certes, il est impensable de suspendre la course, mais il faut impérativement démasquer l’assassin ! À qui profite donc les crimes ? Marc Moreau, grimpeur hors pair dans l’ombre du leader de son équipe, est missionné pour enquêter en interne. Car le chronomètre tourne à l’avantage de l’assassin… Un polar d’été, imprévisible comme le Tour, qui se lit le souffle court et les jambes en coton !
*(et les autres aussi !)

Album jeunesse
L’enveloppe mystérieuse d’Arthur le facteur, texte de Gérard Moncomble, illustrations de Paweł Pawlak (éditions Format, 2019)
Ding-dong, c’est le facteur ! Faire-part de naissance, colis de mamie, cartes postales estivales, sans oublier les lettres d’amour, les vêtements achetés par correspondance et les messages anonymes : Arthur le facteur passe sa journée à distribuer le courrier. Sauf que la lettre pour la famille Figueras, il ne sait pas à qui la remettre ! Pour la simple et bonne raison que personne, dans la rue du Chêne Doré, ne connaît cette famille… Le mystère reste entier, jusqu’au dénouement tout en sourires. Une histoire pétillante de Gérard Moncomble, que les collages de Paweł Pawlak mettent délicieusement en vie et en mouvement.
Dès 5 ans, avec deux planches de timbres autocollants pour égayer vos enveloppes !

Papeterie – Les petits papiers de Flo
Le saviez-vous ? Les jolis petits carnets de Flo, faits main à Montpellier, ont pris quartier dans nos rayons ! Avec eux l’évasion est toujours à portée de main ♥

Vos libraires ont aimé !

BD – Mayotte
Droit du sol, Charles Masson (Casterman, 2009)
La Comédie du Livre est finie, mais a laissé de bien beaux souvenirs dans nos têtes… et sur les étagères de La Géosphère ! Au rayon BD, par exemple, où nous présentons avec enthousiasme Droit du sol, roman graphique que Charles Masson a consacré à la situation des immigrés à Mayotte. Il y a ceux qui débarquent de métropole, pleins d’enthousiasme pour ce confetti de France perdu dans l’Océan indien. Et puis ceux qui arrivent des Comores ou de Madagascar dans des embarcations de fortune, avec l’espoir de trouver dans cette miette de France l’emploi et l’accès aux soins. Sans concessions ni pour les uns, ni pour les autres, l’auteur – qui est aussi médecin – dépeint pourtant avec beaucoup d’humanité des personnages empêtrés dans un contexte pour le moins complexe. Complexité restituée par des dialogues plus vrais que nature, glanés sur le terrain au fil de son séjour longue durée sur l’île. Un coup de cœur pour ce coup de maître !

Roman – État de New York
Les Monstres de Templeton, Lauren Groff (Points Seuil, 2019)
Saga idéale pour longue après-midi de farniente, cette fiction bien ficelée mêle habilement enquête, histoire et généalogie : on ne saurait trop vous la recommander ! Dans une petite ville mignonnette, Willie, jeune femme un chouia à la dérive, part à la recherche de ses origines. S’appuyant sur une documentation bien précise, c’est l’histoire de sa ville que Willie exhume. Et c’est plus largement les fondements de l’histoire américaine que Groff déconstruit. Alors oui, certains poncifs sont au rendez-vous… Mais c’est bien écrit, mordant et plutôt habile au demeurant. On se glisse donc avec délice dans ce roman, qu’on ne saurait lâcher avant la fin !

Album – Espace
L’Année de la comète, Clément Vuillier (éditions 2024, 2019)
Ovni ? Oui ! Comète serait pourtant plus précis ! Celle qui arrive à toute berzingue et ravage tout sur son passage. Dans ce (très) grand et bel album muet, Clément Vuillier nous donne à voir un monde en plein chaos : éléments déchaînés, paysages grandioses et minéraux qui se fracassent en un silence assourdissant, cataclysmes et tsunamis, incendies et feux d’artifices. Rien d’humain dans cette symphonie de couleurs, pas un mot ni un visage. Simplement le dessin acéré d’une apocalypse brasillante. C’est explosif et stupéfiant ! Véritable synesthésie illustrée, nous voici aveuglés et saisis devant l’extinction ô combien poétique d’une planète à l’agonie. Genèse d’un monde nouveau ? On ne peut que l’espérer !

Récit – Kazakhstan
Bienvenue au Grand K, Virginie Le Pécheur (Le Cherche Midi, 2019)
Vous qui avez toujours voulu connaître la recette du bicheparmak, nourrissez une affection secrète et inavouable pour les « créatures » aux tenues improbables, et avez des projets d’expatriation en ex-URSS, alors lisez Bienvenue au Grand K ! Dans ce recueil de chroniques croustillantes, Virginie Le Pécheur vous :
– révèle ladite recette du bicheparmak (et vous ne regarderez plus jamais les moutons du même œil – eux non plus, d’ailleurs) ;
– présente une galerie de « créatures » qui, à force de jupes trop courtes et de talons trop hauts, vous mettront dans l’embarras du choix (si ce n’est dans l’embarras tout court) ;
– dévoile la teneur des soirées où la vodka finit par manquer (mais pas le Perrier).
Une Parisienne au Kazakhstan ? Hilarité garantie ! C’est tellement loufoque que ça ne peut pas être inventé.

Romans ado à partir de 13 ans
Une Petite chose sans importance / Dacca Toxic / Manille aux larmes, Catherine Fradier (Le Diable Vauvert, 2016 / 2017 / 2019)
Il compose des poèmes à partir des décimales de Pi et se refuse à manger un quelconque aliment marron. Il n’a jamais pu mentir et rien ne le rassure plus que sa petite tente-refuge. Sacha Sourieau n’a pas l’étoffe d’un grand aventurier, pas plus celle d’un héros. Et pourtant, le voilà parti explorer le vaste monde aux côtés de sa mère, médecin humanitaire. En RDC, il sympathise avec une enfant-soldat et réchappe des griffes de trafiquants d’armes. Au Bangladesh, il se confronte à la réalité des populations exploitées – quant aux Philippines, c’est la prostitution infantile qu’il découvre et dénonce ! Candide et désintéressé, Sacha porte sur le monde, la politique et la condition humaine un regard profondément juste et rassérénant.
Catherine Fradier, auteure de polars reconnue, a une sacrée plume et sait conjuguer le suspense à l’humour. Elle signe ici une saga ado audacieuse quant aux thématiques abordées, et résolument intelligente – qui toujours donne la parole aux majorités ignorées de ce monde. D’ailleurs, vous avait-on dit que le jeune Sacha était atteint du syndrome d’Asperger ?

Coups de ❤❤❤

Roman – Somalie
Shiftas, Léonard Vincent (éditions des Équateurs, 2019)
Comme dans une bonne vieille blague, ils sont trois : un Marseillais, un Érythréen, un Somalien…
Ou alors, faisons une petite charade ! Mon 1er est le cuistot d’un pétrolier en rade. Mon 2nd, un déserteur en cavale. Mon 3e, un berger plein d’idées. Mon tout ?
Non, attendez : jouons-la devinette, plutôt ! Que peuvent bien faire trois hommes un brin paumés, un poil ingénieux, un peu toqués, quand ils décident de s’allier pour s’en aller déterrer, au fin fond de la Somalie, le trésor de guerre d’un chef djihadiste fraîchement assassiné ? Vous voyez le topo ? Le plus génial dans tout ça, c’est que sous ces dehors drôlatiques, Léonard Vincent s’interroge sur le monde tel qu’il va, ou plutôt tel qu’il ne va pas, avec une mondialisation effrénée qui broie les êtres. Et dans un style magnifique s’il vous plaît !

Poésie – Universelle
Le Soleil et ses Fleurs, Rupi Kaur, traduit de l’anglais par Sabine Rolland (éditions Nil, 2019)
Nous avons décidé de prolonger le printemps – des poètes, avec la prose simple et colorée de Rupi Kaur. Cette jeune auteure connaît un succès phénoménal, tant sur la toile qu’en librairie. Dès les premières pages, l’évidence brûle les yeux : les mots de Rupi Kaur sont universels, ses émotions intemporelles. Elle nous dit l’amour blessé et le courage des mères, les souffrances de l’exil et le bonheur qui inéluctablement revient, tel un printemps. Çà et là des dessins viennent embellir ces haïkus des temps modernes. Ça pourrait être banal mais ce n’est que douceur. Et délicatesse.

Roman – San Francisco / Lagos
Comme une mule qui apporte une glace au soleil, Sarah Ladipo Manyika, traduit de l’anglais par Carole Hanna (éditions Delcourt 2018, éditions 10/18 2019)
Un roman qui se déguste comme une gourmandise, aussi vite englouti qu’un cupcake fraise-citron-pistache ! Moraya est une quasi-octogénaire fantasque et haute en couleurs. À la veille de son anniversaire, elle nous emmène en balade. De sa Lagos natale aux rues de San Francisco, le parcours de Moraya est celui d’une immigrée aisée, cultivée, pleine de sagesse et de dérision. Au volant de sa voiture de sport, Moraya fait voler en éclat les clichés. L’âge, le genre, la sexualité, la maternité, l’immigration, la couleur de peau ou les classes sociales : tout ce qui peut nous diviser fusionne joyeusement sous le regard philosophe et bienveillant de cette professeure de lettres à la retraite. Ifemelu, l’héroïne réfléchie de Chimamanda Ngozi Adichie, s’est trouvée une grand-mère truculente et baroque. Un petit bouquin plein de charme et de malice, qui nous fait pétiller !

Vos libraires ont lu et aimé…

Bande dessinée – Globe-trotter
Un Anglais dans mon arbre, Olivia Burton et Mahi Grand (éditions Denoël, 2019)
Quand Olivia apprend qu’elle compte parmi ses ancêtres un célèbre explorateur dont elle n’avait jamais entendu parler, quelque chose remue en elle. Il suffit alors qu’on lui prête, à elle, jeune prof sans histoire, l’esprit aventureux de cet illustre Sir Richard Francis Burton, pour qu’elle se décide : elle qui n’a jamais voyagé va partir sur ses traces. C’est le début d’une quête qui la mènera de l’Angleterre aux sources du Nil et s’achèvera (avec un panache inattendu et hilarant) en Belgique.
Où l’on découvrira un fascinant polyglotte, un voyageur à l’endurance hors norme, un érudit toujours soucieux de comprendre les peuples rencontrés. Où l’on constatera qu’il ne fait pas bon avoir une réputation sulfureuse pour passer à la postérité…
Avec la complicité du dessinateur Mahi Grand, qui va et vient avec brio entre sepia et couleurs, Olivia Burton réhabilite la mémoire de celui qu’elle surnomme « Grandpa ». C’est vivant, drôle et passionnant !

Récit – Paris
Belleville au cœur, Christian Page (Slatkine & Compagnie, 2018)
Il a passé trois ans à arpenter Paris. Trois ans dans les parcs et sous les ponts, à mettre à profit son expérience de « couteau suisse ». Organisé, pragmatique et débrouillard, lorsque Christian Page, sommelier de profession, se retrouve à la rue, il trouve la force et les moyens pour survivre et même mieux, se faire entendre. Sans misérabilisme aucun, ce « SDF 2.0 » nous livre son expérience au ras du pavé. La plume est belle, et pose mille questions. Dont deux essentielles : comment se fait-il qu’on ne les entende pas plus ? Comment se fait-il qu’on ne leur parle pas plus ?

Bande dessinée – Japon
Miss Hokusai, Sugiura Hinako (éditions Philippe Picquier, 2019)
Quinze chapitres successifs nous transportent au cœur du Japon et c’est toute la société de l’Edo qui nous est décrite : mœurs, écoles d’art, traditions, recettes de cuisine et coups de pinceau ! La langue comme le trait mêlent le classique au contemporain, et l’humour de Hinako Sugiura salue avec justesse une femme libre mais dévouée, indépendante et talentueuse… Mais au fait qui est-elle, cette femme inspirante ?!?
Si on ne présente plus Hokusai, le « Vieux fou de dessin » qui inspira le japonisme, on connaît nettement moins sa fille, O-Ei, dont les talents de peintre furent éclipsés par ceux de son illustre géniteur. Hinako Sugiura, historienne, romancière et mangaka japonaise, lui rendit hommage en publiant chaque semaine quelques planches sur sa vie dans le Weekly manga Sunday entre 1983 et 1985, avant qu’un film animé ne l’adapte en 2015… et qu’il ne paraisse en 2019, enfin traduit en intégral !

Et aussi deux romans parmi la sélection du Prix Folio des libraires…

États-Unis
Les Fantômes du vieux pays, Nathan Hill, traduit de l’anglais par Mathilde Bach (Folio, 2017)
Une femme – une mère, indigne selon toute vraisemblance, ayant abandonné homme et enfant. Et qui ressurgit onze ans plus tard au hasard d’un flash du journal télévisé. L’histoire, c’est la quête de ce fils, auteur en déshérence, enseignant à la ramasse, addict aux jeux vidéos qui traîne son mal d’amour en bandoulière.
Servie par une plume féroce qui ne manque pas de panache, cette grande fresque balayant l’Amérique des soixante dernières années est une lecture JUBILATOIRE !!! Les personnages, foisonnants, sont bien campés et sacrément attachants ; l’intrigue nous lie, yeux et mains, à ce gros pavé. C’est caustique, c’est féministe, c’est intime, c’est politique, jamais simpliste – ce grand looser trentenaire est magnifique. C’est un premier roman, qui se dévore comme un grand classique de la littérature américaine. C’est Steinbeck qui rencontre Irving. Une bien belle pépite !

Israël
Douleur, Zeruya Shalev, (magnifiquement) traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowic (Folio, 2017)
Le roman de Zeruya Shalev rappelle un peu ces rosaces aux courbes qui s’entrecoupent et s’entrecroisent, pour s’achever sur une forme parfaite. Iris, la quarantaine, semble ressasser encore et toujours les mêmes préoccupations : son travail de directrice d’école, la mort de son père pendant la guerre du Kippour, la difficile éducation de ses enfants jeunes adultes, l’attentat qui a mis sa santé en péril, les retrouvailles avec son amour de jeunesse. Et pourtant, à chaque nouvelle évocation de ces sujets récurrents, elle a avancé dans sa réflexion, sa vision des choses a évolué. On se prend alors à douter, paniquer, espérer, foncer avec elle. Un roman intimiste remarquablement écrit et traduit, qui ne pouvait se passer ailleurs qu’à Jérusalem, la ville de toutes les tensions et de tous les possibles. Un coup de cœur !

Nos coups de cœur

Récit
Samouraïs dans la brousse, Guillaume Jan (éditions Paulsen, 2018)
Sous l’incroyable plume de Guillaume Jan, la brousse congolaise surgit soudain dans votre salon : la végétation devient exubérante, les insectes se mettent à bourdonner à vos oreilles, et vous voilà embarqué-e aux côtés de l’écrivain-voyageur, sur les traces de Takayoshi Kano. Destinée fascinante que celle de ce chercheur japonais ! Il a passé une grande partie de sa vie à observer les bonobos, convaincu que leur comportement nous en apprendrait beaucoup sur le nôtre. C’est ce que nous raconte Guillaume Jan. Mais pas seulement. On apprend une foule d’anecdotes sur l’ex-Zaïre, sur les primates et leur évolution… Et l’auteur nous livre aussi son propre voyage – pluies diluviennes, bateau douteux, administrations en lambeaux, sans oublier les émerveillements parfois mêlés de fatigue. Le tout, dans un texte à l’image de la brousse : éblouissant, foisonnant, étourdissant. Et surtout, passionnant !

Roman
La Transparence du temps, Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas (éditions Métailié, 2019)
Ex-flic bougon, libraire indigent, nostalgique indécrottable et scribouillard à ses heures, on est toujours ravi de recevoir des nouvelles de Mario Conde. Inventé en 1991 par l’écrivain cubain Leonardo Padura, ce personnage vieillit. Dans ce nouveau roman, il parcoure pourtant sa Havane d’un pas encore vaillant, à la recherche d’une statue miraculeuse : une Vierge noire pour le moins mystérieuse. Cette nouvelle enquête est l’occasion d’une plongée dans le monde frauduleux du marché de l’art et d’une description terriblement contemporaine de l’île aux mille inégalités. Conde déclinant n’a rien perdu de sa superbe : entouré d’une clique fidèle et de Basura II, son molosse dévoreur de hamburgers, il déjoue les faux-semblants et disserte sur la vie et l’inexorable passage du temps. On sourit, on compatit, on voyage – et peut-être même qu’on mûrit, nous aussi.

Beau-livre
Oiseaux entre garrigues et Méditerranée, Christian Philipp (Les Écologistes de l’Euzière, 2018)
On n’ose imaginer le nombre d’heures que Christian Philip a passées pour photographier 58 espèces d’oiseaux de notre région. Pour parvenir à capter un pouillot véloce en pleine chasse au moucheron, le décollage aquatique d’une foulque macroule ou un héron cendré en train de transporter une brindille presque aussi longue que lui – il faut avoir une patience d’ange ou d’amoureux. Au plaisir d’admirer des images remarquablement composées s’ajoute le régal d’apprendre une foule de détails au sujet des habitudes de ces oiseaux. Et quel ébahissement, de constater que ces petites (et grandes) merveilles à plumes peuvent s’observer tout près de chez nous !

Jeunesse
La Toute Petite Olga, textes d’Olivia Godat, illustrations de Raphaëlle Barbanègre (La Martinière Jeunesse, 2018)
La toute petite Olga vit dans une datcha à l’orée de la forêt, avec ses quatre sœurs. Ensemble, à l’abri du monde, elles chantent, dansent, rigolent et se régalent de confitures. Seulement voilà, la toute petite Olga rêverait de découvrir la ville. Nullement dissuadée par les craintes de ses aînées, elle disparaît par une nuit d’hiver goûter aux plaisirs fous de la grande cité. Escarpins dorés, folles virées (au Raspoutine Club !), gourmandises insensées, Olga va tout tester… avant de rentrer chez ses sœurs adorées. Une belle histoire très chouettement illustrée, sur le plaisir de grandir et de se faire confiance.
à partir de 4 ans

Les coups de cœur de vos libraires

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Album jeunesse
Banquise blues
, Jory John et Lane Smith, traduction Emmanuel Gros (Gallimard Jeunesse, 2017)

Un coup de cœur ? Oui et oui ! Même si ce petit pingouin serait plutôt adepte du coup de gueule : le réveil est trop tôt, les copains font trop de bruit, l’eau est trop froide, la banquise trop blanche, les passants trop bizarres, et surtout tout le monde s’en fiche de nos problèmes !! Heureusement, quand on broie du noir, on croise souvent la route d’un sage morse pour nous faire relativiser ! Un album hilarant, pour les petits et grands caliméros, de la banquise, de Montpellier et d’ailleurs.
À partir de 4 ans

Récit
Là où se mêlent les eaux. Des Balkans au Caucase, dans l’Europe des confins, Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin (La Découverte, 2018)
Avis aux amateurs de voile, de géopolitique, d’Histoire et de voyages ! Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, journalistes, ont entrepris un voyage surprenant : dans un voilier cabotant sur la côte Sud de l’Europe, ils sont allés à la rencontre de gens et territoires un peu oubliés et pourtant fortement marqués par l’Histoire. Leur récit, fascinant, mêle anecdotes de voyage et rappels historiques, en nous embarquant de l’Italie à la Crimée. Passionnant !

Polar
Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman (Robert Laffont, 2018)
Vous n’aimez pas le thé corsé du nord de l’Angleterre ? Qu’à cela ne tienne ! On boit aussi pas mal de bière dans ce savoureux polar. De quoi requinquer les habitants de la petite ville de Bruncliffe, secoués par une série de morts suspectes frappant les clients d’une agence matrimoniale… Humour, ragots et émotions sont au rendez-vous, pour une intrigue prenante à lire au coin du feu ou blotti-e sous la couette.

Roman
Je suis seul, Beyrouk (Elyzad, 2018)
Il est seul, et jamais son nom ne sera donné. Il, c’est le narrateur, caché de tous dans une ville tout juste tombée aux mains des terroristes. Il est seul, confiné, et sa vie défile : ses origines modestes et nomades ; son illustre ancêtre qui conduisit son peuple à sa perte ; l’amour pour celle qu’il a trahie hier, qui le trahira peut-être aujourd’hui ; l’appel infini du désert et sa carrière de journaliste, d’homme politique. Beyrouk, auteur mauritanien, signe un texte saisissant et audacieux. Sa langue est un poème rythmé que l’on s’imagine écouter dans les velours d’un théâtre ou résonner, cri désespéré, dans le vent du désert.

 

Rencontre avec Colin Niel

Jeudi 22 novembre, 19h30
au Centre culturel Lacordaire
6, rue des Augustins

Auteur de polars, Colin Niel a travaillé en Guyane à la création du Parc amazonien durant plusieurs années.

♥ À La Géosphère, nous avons dévoré, avalé, adoré Sur le ciel effondré, son nouveau polar guyanais aux Éditions du Rouergue ! Des ambiances de jungle, des personnages hauts en couleurs, un style littéraire d’une formidable richesse, et surtout une intrigue menée tambour battant (nuits blanches garanties !) ♥

Conférence-dédicace, avec tirage au sort de notre jeu-concours (à découvrir en vitrine dès à présent)

Gratuit, sur réservation par mail ou par téléphone

Les coups de cœur de Magali

Roman
À ce point de folie, Franzobel, traduit de l’allemand (Autriche) par Olivier Mannoni (Flammarion, 2018)
Avant d’être un radeau de triste réputation, La Méduse était une fière frégate qui, en 1816, devait naviguer jusqu’au Sénégal. Sauf que le capitaine n’avait pas mis les pieds sur un bateau depuis un quart de siècle… Et ce qui devait arriver arriva : la fière frégate fit naufrage. Le fameux radeau accueillit 150 personnes, dont seules 15 en réchappèrent, grâce à des pratiques anthropophages qui firent scandale à l’époque et restent troublantes aujourd’hui.
On a beau connaître toute cette histoire, du moins dans ses grandes lignes, Franzobel réussit le tour de force de nous tenir en haleine pendant quelque 500 pages. Et il arrive même à nous faire rire, parsemant son roman d’anachronismes et de détails cocasses. Pourtant, toute cette histoire n’est pas amusante… Il s’agit ici de la folie humaine, et pas seulement celle qui pousse à dévorer des cadavres, mais aussi celle qui rend l’ambition et les hiérarchies plus importantes que la compassion et la solidarité. Un roman exceptionnel, dans une traduction absolument remarquable.

Beau-livre
Éthiopie, Éric Lafforgue (Elytis, 2018)
Éric Lafforgue ne prend pas de simples photos : il capte les regards. Dévoile les personnalités. Plonge au cœur de mondes oubliés. L’Éthiopie qu’il nous donne à voir est celle des gens qui la peuplent, avec leurs parures ancestrales, ponctuées d’accessoires « made in China » ; leurs corps nus soulignés de peintures et scarifications comme autant d’œuvres vivantes ; et surtout leurs incroyables cérémonies comme le « Kael », lors duquel les hommes bodis doivent grossir le plus possible pour attirer sur eux admiration et mariages heureux. Fabuleux !

Roman
Avec un peu de chance, Julianne Pachico, traduit de l’anglais (États-Unis) par Séverine Weiss (Plon, 2018)
Voici un superbe roman polyphonique et déroutant. Chaque chapitre étant centré sur un personnage différent, trouver ce qui les lie relève parfois du jeu de piste de haut vol !
L’écriture de Julianne Pacchico, incroyablement inventive, retranscrit avec vivacité le terrible chaos d’un pays sous l’emprise des narcotrafiquants. Et cette jeune auteure américaine n’hésite pas à manier un humour un peu grinçant, ce qui ne gâche rien ! Brillant !

Les coups de cœur d’Anne

Roman
Continuer, Laurent Mauvignier (éditions de Minuit, 2016, 2018 pour la version poche)
Le Kirghizistan, ou la dernière carte que joue Sibylle pour sauver son ado de fils. Son projet : une randonnée équestre à travers steppes ; ou bien est-ce une cavale – la fuite extraordinaire d’une femme brisée et d un garçon égaré ? Mauvignier sonde les méandres de l’âme avec justesse, simplicité et poésie, et fait de Continuer un voyage vertigineux, un western grinçant, une quête éprouvante et cruelle. Un immense coup de cœur… dont on ne sort pas indemne !

Roman
Ne m’appelle pas Capitaine, Lyonel Trouillot (Actes Sud, 2018)
Riche « Blanchette », apprentie journaliste, Aude enquête sur le passé de Morne Dédé. Dans ce quartier de Port-au-Prince en déshérence, elle va croiser la route de personnages singuliers. Parmi eux, l’acariâtre Capitaine, ancien professeur d’arts martiaux au charisme grinçant et au verbe chantant.
La langue de Trouillot est fluide et fantasque. Elle nous entraîne dans le marasme des ruelles délaissées, dans l’histoire complexe d’une île au mille inégalités et nous interroge sur la notion de libre-arbitre. Un dialogue étourdissant !

Bande dessinée
Mon Traître, dessin de Pierre Alary, scénario de Sorj Chalandon (Rue de Sèvres, 2018)
Dès la préface, Sorj Chalandon annonce la couleur : « Voici l’Irlande et sa terrible beauté. (…) les rues sombres, la brique, l’injustice, les trognes magnifiques, la pluie, la nuit des opprimés. »
Anne : « À cette liste, j’ajouterais les aplats rouges, verts et jaunes – autant d’éclats d’humanité dans la grisaille de la guerre ; la finesse du trait. Et puis les mots, les mots de Chalandon : économes, rêveurs et toujours chargés d’émotions. »