Rencontre autour du Mexique

avec Felix Macherez, auteur de
Au pays des rêves noirs (Les Équateurs, 2019)

le samedi 23 novembre, 19h30 à la librairie

En s’envolant pour le Mexique, l’auteur fuit un quotidien qui l’angoisse. Surtout, il part sur les traces d’Antonin Artaud, le poète maudit qui avait suivi une initiation mystique auprès des Indiens Tarahumaras. Le jeune homme d’aujourd’hui rêve de l’aventure d’hier. Désillusion et absurdité sont au rendez-vous, mais il en résulte un texte flamboyant, traversé de fulgurances.

Gros coup de ❤ à La Géosphère – et il est en lice pour le Prix Renaudot !

👉 La rencontre est gratuite, mais pour des raisons d’organisation, merci d’annoncer votre venue,
par mail (librairiegeosphere@gmail.com) ou par téléphone (04 99 06 86 29).

Dédicaces avec le dessinateur chinois Chongrui Nie

Vendredi 15 novembre, 15h-18h
Samedi 16 novembre, 10h-17h
à la librairie

[Événement !]
À plus de 70 ans, le dessinateur chinois Chongrui Nie témoigne de la Révolution culturelle telle qu’il l’a vécue. Ses dessins, crayonnés avec une énergie époustouflante, restituent son exil dans les montagnes du Shanxi, où il a été forcé de travailler dans une usine d’armement. Au fil des pages, on frémit face à l’horreur d’une industrialisation débridée, mais surtout face au désespoir d’hommes exploités et réduits au silence. Et l’on s’émerveille de la beauté des paysages, de l’immense richesse spirituelle et de l’humanité, malgré tout, de bon nombre de femmes et d’hommes.

En un mot comme en mille, Au loin, une montagne (éditions Steinkis, 2019) un chef-d’œuvre. Et vous pouvez venir vous le faire dédicacer à La Géosphère : ne manquez pas cette occasion exceptionnelle !

Pour être sûr-e d’avoir votre exemplaire dédicacé,
vous pouvez venir le pré-commander à la librairie.

Exemples de dédicaces :

Romans engagés : nos coups de cœur

Roman – Angleterre
Le Cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe, Gallimard , 2019
Jonathan Coe, mondialement connu depuis le succès de Testament à l’anglaise (1994), est un peintre mordant et sans concession sur la société britannique. À l’heure du Brexit, il renoue avec les membres de la saga Trotter : Benjamin savoure sa cinquantaine dans un moulin aménagé sur les rives de la Severn, loin des fureurs de Londres ; son vieux père esseulé milite férocement pour une sortie de l’Union Européenne ; son grand ami Doug décortique patiemment pour la presse les passes d’armes des partis politiques du pays et sa nièce Sophie se demande si le Brexit est une cause valable de divorce. La grande force de Coe est de mêler la petite histoire à la grande et de nous livrer une satire féroce – bien que dénuée de pathos ! – d’une nation en crise. « Comment en sommes-nous arrivés là ? » semblent s’interroger tous les personnages. Bonne question… qui restera sans réponse claire mais joyeusement inspirante !
N.B. : Le Cœur de l’Angleterre peut se lire indépendamment de Bienvenue au Club (2001) et Le Cercle fermé (2004), l’auteur ayant la délicatesse d’introduire les personnages comme si le lecteur ne les connaissait pas.

Roman – Kurdistan
Le Dernier Grenadier du monde, Ali Bakhtiar, éditions Métailié, 2019
C’est une petite pépite que nous offrent les éditions Métailié en cette rentrée littéraire. Une pépite, ou plutôt un joyau, couleur sang et grenade, qu’on imagine lové dans les velours d’un palais des mille et une nuits…
Un palais luxueux, comme celui où atterrit Mouzafar, déboussolé, en pleine nuit. Après vingt années passées dans une prison de sable, ce peshmerga oublié de (presque) tous est soudainement libéré, et conduit dans la richissime demeure de son ancien ami, un légendaire chef révolutionnaire kurde.
Mais Mouzafar, électron solitaire porté par le vent du désert, encore une fois s’échappera. Dans son pays dévasté, il part en quête de son fils unique. En chemin il rencontrera deux sœurs un peu sorcières, un grenadier guérisseur, le souvenir d’un jeune homme au cœur de verre, et glane les échos des furies de la guerre. Une fable contemporaine qui rend hommage au Kurdistan. Une lecture qui se savoure avec patience, dès lors qu’on accepte de se perdre sur les chemins de traverse d’une narration foisonnante et incroyablement poétique.

Roman – Tunisie
L’Amas ardent, Yamen Manai, 2017 éditions Elyzad, 2019 éditions J’ai Lu
Pas facile, d’aborder en douceur la thématique de l’endoctrinement religieux… C’est pourtant ce que parvient à faire Yamen Manai, écrivain d’origine tunisienne. Avec la verve d’un conteur d’antan, dans une langue superbe, il brosse le portrait d’un village du Qafar, pays imaginaire, certes, mais reflet évident de la Tunisie actuelle. Il y est question de Don, apiculteur passionné un peu coupé du monde, qui découvre avec terreur que ses abeilles, ses chères filles comme il les appelle, sont férocement attaquées par un prédateur nouveau. En parallèle, c’est tout son village qui, sous couvert d’aide humanitaire, est devenue la proie d’islamistes radicaux. Deux luttes, la petite et la grande, celle de l’amoureux des insectes et celle des défenseurs des libertés, s’engagent alors. Et l’histoire des abeilles attaquées prend alors des allures de parabole, jusqu’à l’apothéose finale. C’est une immense réussite que ce roman-là, justement récompensé par de nombreux prix.

Cap sur l’Asie avec nos coups de cœur !

Roman – Hong Kong
Hong Kong Gang, Ma Kafai, traduit du chinois par Stéphane Lévêque et Jean-Claude Pastor, sous la direction de Vera Su, Slatkine & Compagnie, 2019
Hong Kong Gang est une plongée vertigineuse dans le Hong Kong des années 1930-40, territoire qui fut d’abord colonie anglaise, avant d’être bombardé puis occupé par les Japonais. De cette période déjà sombre de l’histoire, Ma Kafai dépeint en outre le côté obscur : celui des bas-fonds, tripots, cercles de jeu, fumeries d’opium et bordels en tous genres. Un monde parallèle dans lequel on fait feu de tout bois, dans l’espoir de tirer son épingle du jeu.
Dans ce long roman fourmillant de personnages hauts en couleurs et d’anecdotes rocambolesques, on suit le parcours de Luk Pakchoi, depuis son atelier de menuiserie jusqu’à son fauteuil de chef de société secrète. Personnage ambigu auquel on finit par s’attacher, il incarne les contradictions dans lesquelles un individu lambda peut plonger en période troublée. Roman cru, violent, souvent paillard, Hong Kong Gang n’ignore pourtant ni l’amitié, ni le sentiment amoureux. On est embarqué dans cette lecture explosive… parfois même malgré soi !

Roman – Indonésie
Tigre ! Tigre !, Mochtar Lubis, traduit de l’indonésien par Étienne Naveau, éditions du Sonneur, 2019
Sept hommes, harassés par leur récolte de caoutchouc, mais heureux à l’idée d’en tirer un bénéfice, prennent enfin le chemin du retour – un chemin taillé à la machette à travers la jungle hostile de Sumatra. Mais de ces sept, combien rentreront sains et saufs ? Car le tigre rôde…
Pour Mochtar Lubis, grand écrivain indonésien, le récit d’aventures, haletant et magistralement mené, est un prétexte à la fable politique. Ainsi, on distingue parmi les protagonistes deux figures de leaders charismatiques : l’un dont l’autorité repose sur ses capacités supposées exceptionnelles, si ce n’est magiques ; l’autre qui, face à lui, finit par faire valoir son honnêteté et son bon sens. La lutte contre le fauve se double alors d’une lutte pour le pouvoir. Un roman profond sur la nature humaine, dans une atmosphère de moiteur, de moustiques et de peur.

BD jeunesse – Chine
Les Contes de la ruelle, Nie Jun, traduit du chinois par Nicolas Grivel et Qingyuan Zhao, Gallimard Jeunesse, 2016
Chroniques en douceur d’une Chine méconnue. Yu’er et son grand-père Doubao vivent dans un quartier paisible de Pékin. La petite fille paralysée et son papi bienveillant forment un duo rêveur et attachant. Leurs petits bonheurs du quotidien se révèlent, au fil des aquarelles, d’étonnantes aventures poétiques teintées de fantastique. Opéra d’insectes, leçons de natation dans les airs (!), collection de timbres mystérieux, initiation à la peinture et autres lectures de contes : autant de scènes de vie qui mêlent subtilement la palette des rêves aux joies de la réalité. Une lecture d’une grande tendresse qui émerveillera petits et grands !
À partir de 8 ans

Nos lectures préférées du moment

Album jeunesse – Tolérance
Le Mur, Giancarlo Macri et Carolina Zanotti , éditions Nuinui, 2019
Un beau matin, le roi Bleu sort de son château pour se promener en son royaume. Stupéfait, il constate que ce dernier est envahi de Rouges, de Jaunes, de Verts, de Gris. Ensemble, sujets bleus et colorés vivent, ratissent, construisent, et créent. Mais quel bazar, quel manque d’harmonie, selon Sa Majesté ! Sans attendre, la décision est prise : il faut construire un mur pour séparer l’azur de tout ce joli monde. Seulement, sans les Verts jardiniers, sans les Jaunes sculpteurs, sans les Oranges artistes et les Bruns bâtisseurs, le voilà qui s’ennuie, le grand sire esseulé ! Aussitôt dit, une solution est trouvée…
Un album réjouissant et drôle sur le vivre-ensemble et l’acceptation des différences. Avec un vrai mur dedans !
Dès 4 ans
💙💛💚❤💜💟

Roman – États-Unis
Une ville de papier, Olivier Hodasava, éditions Inculte, 2019
Vous aimez les cartes et les histoires de cartographie ? 🗺
Lisez Olivier Hodasava ! Dans un style d’une fluidité bluffante, il raconte comment, au moment de l’essor de l’automobile aux États-Unis, les groupes pétroliers rivalisaient pour offrir à leurs clients des atlas routiers de leur cru. Des atlas qui, pour ne pas être plagiés, comportaient tous un détail inventé de toutes pièces : une « ville de papier ».
De ce fait réel découle un roman troublant, autour d’une ville de papier imaginaire. Réalité et fiction s’entremêlent, brouillent les pistes, traversent les époques, multiplient les témoignages plus vrais que nature, dans un livre qui ressemble à s’y méprendre à un vrai-faux reportage. C’est brillant et en même temps plein de douceur et de fantaisie.

Roman ado – Cambodge
Le Trésor de Sunthy, Arnaud Friedmann, Lucca Éditions, 2019
Tout commence par une question d’ado : Garance porte-t-elle un prénom « bourge », ou pas ? Cette interrogation entraînera la jeune fille dans une quête de ses origines, et particulièrement du destin de son grand-père cambodgien.
C’est avec un sens remarquable de la narration qu’Arnaud Friedmann raconte dans ce roman un pan de l’histoire du Cambodge, mais aussi sa fascination pour le métier d’historien.
À partir de 14 ans

Roman – Maroc
Tangerine, Christine Mangan, HarperCollins France, 2019
Tanger, 1956. Alice Shirpley n’y arrive pas. L’accablante moiteur de l’été, la violence omniprésente de la ville : la jeune et fragile expatriée se terre derrière les volets de sa villa, attendant quotidiennement de le retour de son insaisissable mari. Cette torpeur mortifère vole en éclat à l’arrivée de Lucy, son amie de collège. À la surprise des retrouvailles succèdent l’euphorie – les explorations urbaines, la complicité retrouvée – puis rapidement le doute, la défiance, les non-dits pernicieux. Christine Mangan signe un duel anxiogène qui se lit comme un polar hautement psychologique. Un cruel jeu de dupes au soleil. Le portrait gothique d’une Tanger magnétique aux prémices de son indépendance.

☀️☀️☀️

Quelques bonnes lectures pour bien entrer dans l’été !

Récit – Madagascar
Robinsons père et fils, Didier Tronchet (Elytis, 2007)
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Didier Tronchet a plus d’une plume dans son encrier ! Auteur de BD avec Vertiges de Quito, chroniqueur avec Petit traité de vélosophie, il nous charme encore avec Robinsons père et fils, le court récit de son long séjour sur l’île aux Nattes, toute petite île de 3 km² située au large de Madagascar. Or il corse l’affaire en partant avec son ado de fils (pleinement conscient et consentant). Lui qui s’imaginait renforcer leurs liens au fil de randonnées sur le sable chaud et de baignades en lisière de coraux, le voilà confronté à l’envol de son jeune gars. Bien dans sa peau bronzée, heureux d’aller au lycée à pirogue, le rejeton vit sa vie, laissant le papa à la sienne, dans un décor paradisiaque qui le confronte à quelques questions existentielles. Questions qu’il nous confie avec drôlerie et tendresse dans ce joli petit bouquin.

Polar – Tour de France
Mort contre la montre, Jorge Zepeda Patterson (Actes Sud, 2019)
Les aficionados du Tour de France n’ont qu’à bien se tenir !*
Si les coureurs cyclistes sont prêts à perdre leur vie dans des descentes suicides à plus de 90 km/h, iront-ils jusqu’à éliminer leurs concurrents ? Ce qui est sûr, c’est que cette année-là, la Grande Boucle semble maudite : accidents, sabotages et même explosion, rythment les étapes. Certes, il est impensable de suspendre la course, mais il faut impérativement démasquer l’assassin ! À qui profite donc les crimes ? Marc Moreau, grimpeur hors pair dans l’ombre du leader de son équipe, est missionné pour enquêter en interne. Car le chronomètre tourne à l’avantage de l’assassin… Un polar d’été, imprévisible comme le Tour, qui se lit le souffle court et les jambes en coton !
*(et les autres aussi !)

Album jeunesse
L’enveloppe mystérieuse d’Arthur le facteur, texte de Gérard Moncomble, illustrations de Paweł Pawlak (éditions Format, 2019)
Ding-dong, c’est le facteur ! Faire-part de naissance, colis de mamie, cartes postales estivales, sans oublier les lettres d’amour, les vêtements achetés par correspondance et les messages anonymes : Arthur le facteur passe sa journée à distribuer le courrier. Sauf que la lettre pour la famille Figueras, il ne sait pas à qui la remettre ! Pour la simple et bonne raison que personne, dans la rue du Chêne Doré, ne connaît cette famille… Le mystère reste entier, jusqu’au dénouement tout en sourires. Une histoire pétillante de Gérard Moncomble, que les collages de Paweł Pawlak mettent délicieusement en vie et en mouvement.
Dès 5 ans, avec deux planches de timbres autocollants pour égayer vos enveloppes !

Papeterie – Les petits papiers de Flo
Le saviez-vous ? Les jolis petits carnets de Flo, faits main à Montpellier, ont pris quartier dans nos rayons ! Avec eux l’évasion est toujours à portée de main ♥

Vos libraires ont aimé !

BD – Mayotte
Droit du sol, Charles Masson (Casterman, 2009)
La Comédie du Livre est finie, mais a laissé de bien beaux souvenirs dans nos têtes… et sur les étagères de La Géosphère ! Au rayon BD, par exemple, où nous présentons avec enthousiasme Droit du sol, roman graphique que Charles Masson a consacré à la situation des immigrés à Mayotte. Il y a ceux qui débarquent de métropole, pleins d’enthousiasme pour ce confetti de France perdu dans l’Océan indien. Et puis ceux qui arrivent des Comores ou de Madagascar dans des embarcations de fortune, avec l’espoir de trouver dans cette miette de France l’emploi et l’accès aux soins. Sans concessions ni pour les uns, ni pour les autres, l’auteur – qui est aussi médecin – dépeint pourtant avec beaucoup d’humanité des personnages empêtrés dans un contexte pour le moins complexe. Complexité restituée par des dialogues plus vrais que nature, glanés sur le terrain au fil de son séjour longue durée sur l’île. Un coup de cœur pour ce coup de maître !

Roman – État de New York
Les Monstres de Templeton, Lauren Groff (Points Seuil, 2019)
Saga idéale pour longue après-midi de farniente, cette fiction bien ficelée mêle habilement enquête, histoire et généalogie : on ne saurait trop vous la recommander ! Dans une petite ville mignonnette, Willie, jeune femme un chouia à la dérive, part à la recherche de ses origines. S’appuyant sur une documentation bien précise, c’est l’histoire de sa ville que Willie exhume. Et c’est plus largement les fondements de l’histoire américaine que Groff déconstruit. Alors oui, certains poncifs sont au rendez-vous… Mais c’est bien écrit, mordant et plutôt habile au demeurant. On se glisse donc avec délice dans ce roman, qu’on ne saurait lâcher avant la fin !

Album – Espace
L’Année de la comète, Clément Vuillier (éditions 2024, 2019)
Ovni ? Oui ! Comète serait pourtant plus précis ! Celle qui arrive à toute berzingue et ravage tout sur son passage. Dans ce (très) grand et bel album muet, Clément Vuillier nous donne à voir un monde en plein chaos : éléments déchaînés, paysages grandioses et minéraux qui se fracassent en un silence assourdissant, cataclysmes et tsunamis, incendies et feux d’artifices. Rien d’humain dans cette symphonie de couleurs, pas un mot ni un visage. Simplement le dessin acéré d’une apocalypse brasillante. C’est explosif et stupéfiant ! Véritable synesthésie illustrée, nous voici aveuglés et saisis devant l’extinction ô combien poétique d’une planète à l’agonie. Genèse d’un monde nouveau ? On ne peut que l’espérer !

Récit – Kazakhstan
Bienvenue au Grand K, Virginie Le Pécheur (Le Cherche Midi, 2019)
Vous qui avez toujours voulu connaître la recette du bicheparmak, nourrissez une affection secrète et inavouable pour les « créatures » aux tenues improbables, et avez des projets d’expatriation en ex-URSS, alors lisez Bienvenue au Grand K ! Dans ce recueil de chroniques croustillantes, Virginie Le Pécheur vous :
– révèle ladite recette du bicheparmak (et vous ne regarderez plus jamais les moutons du même œil – eux non plus, d’ailleurs) ;
– présente une galerie de « créatures » qui, à force de jupes trop courtes et de talons trop hauts, vous mettront dans l’embarras du choix (si ce n’est dans l’embarras tout court) ;
– dévoile la teneur des soirées où la vodka finit par manquer (mais pas le Perrier).
Une Parisienne au Kazakhstan ? Hilarité garantie ! C’est tellement loufoque que ça ne peut pas être inventé.

Romans ado à partir de 13 ans
Une Petite chose sans importance / Dacca Toxic / Manille aux larmes, Catherine Fradier (Le Diable Vauvert, 2016 / 2017 / 2019)
Il compose des poèmes à partir des décimales de Pi et se refuse à manger un quelconque aliment marron. Il n’a jamais pu mentir et rien ne le rassure plus que sa petite tente-refuge. Sacha Sourieau n’a pas l’étoffe d’un grand aventurier, pas plus celle d’un héros. Et pourtant, le voilà parti explorer le vaste monde aux côtés de sa mère, médecin humanitaire. En RDC, il sympathise avec une enfant-soldat et réchappe des griffes de trafiquants d’armes. Au Bangladesh, il se confronte à la réalité des populations exploitées – quant aux Philippines, c’est la prostitution infantile qu’il découvre et dénonce ! Candide et désintéressé, Sacha porte sur le monde, la politique et la condition humaine un regard profondément juste et rassérénant.
Catherine Fradier, auteure de polars reconnue, a une sacrée plume et sait conjuguer le suspense à l’humour. Elle signe ici une saga ado audacieuse quant aux thématiques abordées, et résolument intelligente – qui toujours donne la parole aux majorités ignorées de ce monde. D’ailleurs, vous avait-on dit que le jeune Sacha était atteint du syndrome d’Asperger ?

Coups de ❤❤❤

Roman – Somalie
Shiftas, Léonard Vincent (éditions des Équateurs, 2019)
Comme dans une bonne vieille blague, ils sont trois : un Marseillais, un Érythréen, un Somalien…
Ou alors, faisons une petite charade ! Mon 1er est le cuistot d’un pétrolier en rade. Mon 2nd, un déserteur en cavale. Mon 3e, un berger plein d’idées. Mon tout ?
Non, attendez : jouons-la devinette, plutôt ! Que peuvent bien faire trois hommes un brin paumés, un poil ingénieux, un peu toqués, quand ils décident de s’allier pour s’en aller déterrer, au fin fond de la Somalie, le trésor de guerre d’un chef djihadiste fraîchement assassiné ? Vous voyez le topo ? Le plus génial dans tout ça, c’est que sous ces dehors drôlatiques, Léonard Vincent s’interroge sur le monde tel qu’il va, ou plutôt tel qu’il ne va pas, avec une mondialisation effrénée qui broie les êtres. Et dans un style magnifique s’il vous plaît !

Poésie – Universelle
Le Soleil et ses Fleurs, Rupi Kaur, traduit de l’anglais par Sabine Rolland (éditions Nil, 2019)
Nous avons décidé de prolonger le printemps – des poètes, avec la prose simple et colorée de Rupi Kaur. Cette jeune auteure connaît un succès phénoménal, tant sur la toile qu’en librairie. Dès les premières pages, l’évidence brûle les yeux : les mots de Rupi Kaur sont universels, ses émotions intemporelles. Elle nous dit l’amour blessé et le courage des mères, les souffrances de l’exil et le bonheur qui inéluctablement revient, tel un printemps. Çà et là des dessins viennent embellir ces haïkus des temps modernes. Ça pourrait être banal mais ce n’est que douceur. Et délicatesse.

Roman – San Francisco / Lagos
Comme une mule qui apporte une glace au soleil, Sarah Ladipo Manyika, traduit de l’anglais par Carole Hanna (éditions Delcourt 2018, éditions 10/18 2019)
Un roman qui se déguste comme une gourmandise, aussi vite englouti qu’un cupcake fraise-citron-pistache ! Moraya est une quasi-octogénaire fantasque et haute en couleurs. À la veille de son anniversaire, elle nous emmène en balade. De sa Lagos natale aux rues de San Francisco, le parcours de Moraya est celui d’une immigrée aisée, cultivée, pleine de sagesse et de dérision. Au volant de sa voiture de sport, Moraya fait voler en éclat les clichés. L’âge, le genre, la sexualité, la maternité, l’immigration, la couleur de peau ou les classes sociales : tout ce qui peut nous diviser fusionne joyeusement sous le regard philosophe et bienveillant de cette professeure de lettres à la retraite. Ifemelu, l’héroïne réfléchie de Chimamanda Ngozi Adichie, s’est trouvée une grand-mère truculente et baroque. Un petit bouquin plein de charme et de malice, qui nous fait pétiller !

Vos libraires ont lu et aimé…

Bande dessinée – Globe-trotter
Un Anglais dans mon arbre, Olivia Burton et Mahi Grand (éditions Denoël, 2019)
Quand Olivia apprend qu’elle compte parmi ses ancêtres un célèbre explorateur dont elle n’avait jamais entendu parler, quelque chose remue en elle. Il suffit alors qu’on lui prête, à elle, jeune prof sans histoire, l’esprit aventureux de cet illustre Sir Richard Francis Burton, pour qu’elle se décide : elle qui n’a jamais voyagé va partir sur ses traces. C’est le début d’une quête qui la mènera de l’Angleterre aux sources du Nil et s’achèvera (avec un panache inattendu et hilarant) en Belgique.
Où l’on découvrira un fascinant polyglotte, un voyageur à l’endurance hors norme, un érudit toujours soucieux de comprendre les peuples rencontrés. Où l’on constatera qu’il ne fait pas bon avoir une réputation sulfureuse pour passer à la postérité…
Avec la complicité du dessinateur Mahi Grand, qui va et vient avec brio entre sepia et couleurs, Olivia Burton réhabilite la mémoire de celui qu’elle surnomme « Grandpa ». C’est vivant, drôle et passionnant !

Récit – Paris
Belleville au cœur, Christian Page (Slatkine & Compagnie, 2018)
Il a passé trois ans à arpenter Paris. Trois ans dans les parcs et sous les ponts, à mettre à profit son expérience de « couteau suisse ». Organisé, pragmatique et débrouillard, lorsque Christian Page, sommelier de profession, se retrouve à la rue, il trouve la force et les moyens pour survivre et même mieux, se faire entendre. Sans misérabilisme aucun, ce « SDF 2.0 » nous livre son expérience au ras du pavé. La plume est belle, et pose mille questions. Dont deux essentielles : comment se fait-il qu’on ne les entende pas plus ? Comment se fait-il qu’on ne leur parle pas plus ?

Bande dessinée – Japon
Miss Hokusai, Sugiura Hinako (éditions Philippe Picquier, 2019)
Quinze chapitres successifs nous transportent au cœur du Japon et c’est toute la société de l’Edo qui nous est décrite : mœurs, écoles d’art, traditions, recettes de cuisine et coups de pinceau ! La langue comme le trait mêlent le classique au contemporain, et l’humour de Hinako Sugiura salue avec justesse une femme libre mais dévouée, indépendante et talentueuse… Mais au fait qui est-elle, cette femme inspirante ?!?
Si on ne présente plus Hokusai, le « Vieux fou de dessin » qui inspira le japonisme, on connaît nettement moins sa fille, O-Ei, dont les talents de peintre furent éclipsés par ceux de son illustre géniteur. Hinako Sugiura, historienne, romancière et mangaka japonaise, lui rendit hommage en publiant chaque semaine quelques planches sur sa vie dans le Weekly manga Sunday entre 1983 et 1985, avant qu’un film animé ne l’adapte en 2015… et qu’il ne paraisse en 2019, enfin traduit en intégral !

Et aussi deux romans parmi la sélection du Prix Folio des libraires…

États-Unis
Les Fantômes du vieux pays, Nathan Hill, traduit de l’anglais par Mathilde Bach (Folio, 2017)
Une femme – une mère, indigne selon toute vraisemblance, ayant abandonné homme et enfant. Et qui ressurgit onze ans plus tard au hasard d’un flash du journal télévisé. L’histoire, c’est la quête de ce fils, auteur en déshérence, enseignant à la ramasse, addict aux jeux vidéos qui traîne son mal d’amour en bandoulière.
Servie par une plume féroce qui ne manque pas de panache, cette grande fresque balayant l’Amérique des soixante dernières années est une lecture JUBILATOIRE !!! Les personnages, foisonnants, sont bien campés et sacrément attachants ; l’intrigue nous lie, yeux et mains, à ce gros pavé. C’est caustique, c’est féministe, c’est intime, c’est politique, jamais simpliste – ce grand looser trentenaire est magnifique. C’est un premier roman, qui se dévore comme un grand classique de la littérature américaine. C’est Steinbeck qui rencontre Irving. Une bien belle pépite !

Israël
Douleur, Zeruya Shalev, (magnifiquement) traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowic (Folio, 2017)
Le roman de Zeruya Shalev rappelle un peu ces rosaces aux courbes qui s’entrecoupent et s’entrecroisent, pour s’achever sur une forme parfaite. Iris, la quarantaine, semble ressasser encore et toujours les mêmes préoccupations : son travail de directrice d’école, la mort de son père pendant la guerre du Kippour, la difficile éducation de ses enfants jeunes adultes, l’attentat qui a mis sa santé en péril, les retrouvailles avec son amour de jeunesse. Et pourtant, à chaque nouvelle évocation de ces sujets récurrents, elle a avancé dans sa réflexion, sa vision des choses a évolué. On se prend alors à douter, paniquer, espérer, foncer avec elle. Un roman intimiste remarquablement écrit et traduit, qui ne pouvait se passer ailleurs qu’à Jérusalem, la ville de toutes les tensions et de tous les possibles. Un coup de cœur !

Nos coups de cœur

Récit
Samouraïs dans la brousse, Guillaume Jan (éditions Paulsen, 2018)
Sous l’incroyable plume de Guillaume Jan, la brousse congolaise surgit soudain dans votre salon : la végétation devient exubérante, les insectes se mettent à bourdonner à vos oreilles, et vous voilà embarqué-e aux côtés de l’écrivain-voyageur, sur les traces de Takayoshi Kano. Destinée fascinante que celle de ce chercheur japonais ! Il a passé une grande partie de sa vie à observer les bonobos, convaincu que leur comportement nous en apprendrait beaucoup sur le nôtre. C’est ce que nous raconte Guillaume Jan. Mais pas seulement. On apprend une foule d’anecdotes sur l’ex-Zaïre, sur les primates et leur évolution… Et l’auteur nous livre aussi son propre voyage – pluies diluviennes, bateau douteux, administrations en lambeaux, sans oublier les émerveillements parfois mêlés de fatigue. Le tout, dans un texte à l’image de la brousse : éblouissant, foisonnant, étourdissant. Et surtout, passionnant !

Roman
La Transparence du temps, Leonardo Padura, traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas (éditions Métailié, 2019)
Ex-flic bougon, libraire indigent, nostalgique indécrottable et scribouillard à ses heures, on est toujours ravi de recevoir des nouvelles de Mario Conde. Inventé en 1991 par l’écrivain cubain Leonardo Padura, ce personnage vieillit. Dans ce nouveau roman, il parcoure pourtant sa Havane d’un pas encore vaillant, à la recherche d’une statue miraculeuse : une Vierge noire pour le moins mystérieuse. Cette nouvelle enquête est l’occasion d’une plongée dans le monde frauduleux du marché de l’art et d’une description terriblement contemporaine de l’île aux mille inégalités. Conde déclinant n’a rien perdu de sa superbe : entouré d’une clique fidèle et de Basura II, son molosse dévoreur de hamburgers, il déjoue les faux-semblants et disserte sur la vie et l’inexorable passage du temps. On sourit, on compatit, on voyage – et peut-être même qu’on mûrit, nous aussi.

Beau-livre
Oiseaux entre garrigues et Méditerranée, Christian Philipp (Les Écologistes de l’Euzière, 2018)
On n’ose imaginer le nombre d’heures que Christian Philip a passées pour photographier 58 espèces d’oiseaux de notre région. Pour parvenir à capter un pouillot véloce en pleine chasse au moucheron, le décollage aquatique d’une foulque macroule ou un héron cendré en train de transporter une brindille presque aussi longue que lui – il faut avoir une patience d’ange ou d’amoureux. Au plaisir d’admirer des images remarquablement composées s’ajoute le régal d’apprendre une foule de détails au sujet des habitudes de ces oiseaux. Et quel ébahissement, de constater que ces petites (et grandes) merveilles à plumes peuvent s’observer tout près de chez nous !

Jeunesse
La Toute Petite Olga, textes d’Olivia Godat, illustrations de Raphaëlle Barbanègre (La Martinière Jeunesse, 2018)
La toute petite Olga vit dans une datcha à l’orée de la forêt, avec ses quatre sœurs. Ensemble, à l’abri du monde, elles chantent, dansent, rigolent et se régalent de confitures. Seulement voilà, la toute petite Olga rêverait de découvrir la ville. Nullement dissuadée par les craintes de ses aînées, elle disparaît par une nuit d’hiver goûter aux plaisirs fous de la grande cité. Escarpins dorés, folles virées (au Raspoutine Club !), gourmandises insensées, Olga va tout tester… avant de rentrer chez ses sœurs adorées. Une belle histoire très chouettement illustrée, sur le plaisir de grandir et de se faire confiance.
à partir de 4 ans