Romans

 

La Fuite du temps, YAN Lianke, traduit du chinois par Brigitte Guilbaud (Philippe Picquier 2014, 2017 pour l’édition de poche)
« Les monts qui ondoient comme autant de dos de buffles renvoient une lumière de thé brun ». C’est pour de telles images qu’il faut lire Lianke Yan, auteur atypique qui fut militaire de carrière pendant plus de vingt ans. Il nous conte ici le rude quotidien dans les montagnes des Balou, où l’espérance de vie du village des Trois Patronymes n’excède pas quarante ans. À la lecture, on est saisi par le contraste entre la magnificence de la nature et la dureté des relations humaines, marquées par la rigidité des hiérarchies et des conventions sociales. Ni l’amour, ni la douceur, ni même un semblant de liberté ne parviennent à s’épanouir ici. Pourtant, au fil des saisons, malgré des drames terribles (âmes sensibles, s’abstenir…) la vie suit son cours. Car la construction d’un canal insuffle l’espoir d’une vie meilleure, et surtout plus longue…
Un texte de toute beauté, porté par une langue (et une traduction !) époustouflante.

4 3 2 1, Paul Auster, traduit de l’anglais (États-Unis) par Gérald Meudal (Actes Sud, 2018)
Comment fait-il, Paul Auster, pour arriver à vous plonger dès la première page dans une quadruple vie imaginaire aussi foisonnante que passionnante ? Comment fait-il, bon sang, pour vous happer si vite, malgré la longueur des phrases, la densité des paragraphes et l’ambition de son projet littéraire ? La réponse tient peut-être en un seul mot : le talent. Un talent généreux que l’auteur américain s’amuse, avec un plaisir palpable, à déployer dans quatre directions différentes. Car après tout, qu’y a-t-il de mieux qu’une histoire bien racontée, si ce n’est quatre histoires bien racontées ? Du personnage de Ferguson, vous découvrirez donc quatre destins différents. Oui, quatre. D’où les mille pages et quelques.