Des livres qu’on a aimés !

Roman – Suède
Le Livre d’un été, Tove Jansson, (magnifiquement) traduit du suédois par Jeanne Gauffin, 18€, La Peuplade, 2019
Respirez ! Vous êtes sur une minuscule île de Suède, où une grand-mère et sa petite-fille regardent passer les vagues, les nuages et le temps… C’est frais et bourré de tendresse, ce qui ne vous empêchera pas de vous laisser surprendre par l’espièglerie de ce singulier duo. Car la grand-mère, anti-conformiste jusqu’au bout des orteils, se fait un point d’honneur à transmettre son goût de l’inattendu et des idées farfelues à la jeune Sophie. Les longues journées d’été sont le théâtre d’occupations minimalistes (observer une plume de canard sur le sable mouillé) ou grandioses (reconstituer dans un marais, à l’aide de bouts de bois, la même Venise que celle de la carte postale reçue le matin même). Elles dissertent sur la texture de la mer, écrivent des traités à propos de la division des vers de terre, découvrent des grottes, entrent par effraction sur une île privatisée par un riche homme d’affaires. Chaque chapitre pourrait presque se lire comme une nouvelle indépendante. Pour autant, l’évolution de la petite Sophie, qui grandit et mûrit, tisse un fil conducteur entre toutes ces scènes d’un été suspendu entre vagues et vent.
Voilà pour votre été un livre vivifiant, souriant, décalé et plein de finesse, signé Tove Jansson, grande dame de la littérature suédoise, qui a drôlement bien fait de ne pas écrire que des histoires de Moumines !

Jeunesse – Voyage loufoque
Le Gravillon de pavillon qui voulait voir la mer, Claire Schvartz, 14€, Les Fourmis Rouges, 2017. À partir de 5 ans
Imaginez : vous êtes un gravillon, vous vivez dans la cour d’un petit pavillon avec vos 18300 frères et sœurs. Imaginez encore : la voiture qui vous roule dessus, les poubelles qui jutent, les talons qui écrasent… Voici la vie (et ses nombreux désagréments) de Dany, jeune gravillon du pavillon 43, rue Alexandre Dumas. Un quotidien des plus mornes, jusqu’au jour où Launay, un gros galet bien lisse, bien plat, vient enrichir la collection minérale.
Déposé nonchalamment sur le rebord du jardinet, Launey raconte avec mélancolie ses souvenirs de bord de mer. Ni une, ni deux : Dany se décide, lui aussi, il ira voir la mer ! N’en déplaise à la vieille brique toute coincée et médisante qui lui rappelle qu’on ne va pas bien loin sans pied… Aidé de Serge le bousier, un grand, périlleux et rocambolesque voyage commence. Objectif : rejoindre la tribu des galets !
Une petite pépite de drôlerie, qui fera rire et sourire les petits et les grands. C’est absurde et coloré, l’album fourmille de détails et regorge de tendresse. Une vraie ode au voyage et à la liberté, qui fait la part (très) belle à tous ces petits êtres les plus insignifiants… Un RÉGAL !

BD / Carnet de voyage – Voyage au long cours
Les Voyages d’Ibn Battûta, scénario de Lotfi Akalay, illustrations de Joël Alessandra, 29,90€, Dupuis, 2020
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le Tangérois Ibn Battûta avait la bougeotte ! Lui qui voulait en premier lieu entreprendre son pèlerinage à La Mecque, il parcourra finalement une quarantaine de pays entre 1325 et 1353. Partout où l’Islam est implanté, en fait : du Maroc à la Chine, en passant par la péninsule arabique et Ceylan, ce qui ne l’empêche pas d’oser des incursions pleines de curiosité jusqu’en Afrique noire. Déserts, neiges, steppes, montagnes, mers déchaînées… Rien ne l’arrêtera dans son souhait avide de fouler de nouvelles terres.
Qui, mieux que le tandem constitué par l’écrivain tangérois Lotfi Akalay et le dessinateur-voyageur Joel Alessandra, pouvait donner vie en BD à cette figure fascinante ? En un épais volume (248 pages !), ils imaginent comment cet explorateur hors normes aurait, le temps d’un après-midi, relaté ses aventures au sultan Abu Inân. Le procédé s’avère aussi réaliste qu’efficace : comme nous le ferions en rentrant d’un si long voyage, Ibn Battûta se contente d’esquisser certaines étapes, tandis que d’autres prennent plus d’ampleur dans son récit, notamment ses (nombreuses !) conquêtes féminines et les anecdotes peu vraisemblables (donc croustillantes !) qu’il a entendues en chemin.
Résultat ? Un one-shot épatant ! Très agréable à lire, l’histoire est doublée d’une superbe galerie de portraits et paysages qui ravira les amateurs de carnets de voyage. Car les aquarelles et crayonnés de Joël Alessandra sont magnifiques – comme toujours.

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