C’est l’été… Lisez !

Quelques-uns de nos coups de cœur…

BD, Japon
Maladroit de naissance, Yarô Abe, Le Lézard Noir (18€, février 2020)
Yarô Abe, inventeur de La Cantine de minuit, nous livre son enfance. Petit garçon maladroit, chétif et un peu décalé, il dessine à longueur de journée et apprend des chansons populaires sur son mélodica (enfin… celui de sa sœur !). Une famille aimante, un père drolatique (et presque toujours nu), des déceptions amoureuses, la région de Shimanto sur l’île de Shikoku : ces souvenirs tendres courent de l’an 40 de l’ère shôwa jusqu’à sa fin (1965-1980). Une quinzaine d’années faite de petits riens, ponctuée d’infimes déconvenues, emplies d’amour.
On retrouve la délicatesse du mangaka et l’attention bienveillante qu’il porte à la vacuité du quotidien. On se laisse happer par ces tranches de vie somme toute banales, contées avec malice. On se pelotonne dans l’amour débordant, quoique parfois prosaïque, d’un père pour son fils.
La poésie des jours heureux flirte avec la trivialité ordinaire (pets et ivresses sont à l’honneur). Yarô Abe, qui ne se donne jamais le beau rôle, intransigeant avec lui seul, et « maladroit de naissance », manie avec génie l’élégance du subtil et sublime la monotonie. Ça fait du bien à l’âme… et vraiment chaud au cœur.

Roman, Liban
Une baignoire dans le désert, Jadd Hilal, 12€, Elyzad, 2020
En librairie, il existe ce genre de rencontre : un petit livre semble avoir été posé là pour vous. Il vous attend, sans prétention, sans grands airs ni grand nom, sans bandeau aguicheur. Le titre vous amuse, la couverture vous embarque (il faut dire qu’elle est belle !), la quatrième ne vous dit pas grand chose, juste suffisamment pour sceller le pacte. Et hop, le voilà vôtre ! Pressé.e de découvrir cette acquisition impulsive, c’est sur un banc, dans un parc, en moins d’une heure, que vous consommez cette nouvelle relation… Qui risquera fort de vous trotter dans la tête un petit moment !
Une Baignoire dans le désert fait partie de ces petites merveilles inattendues dont la lecture suspend le temps. Il s’agit d’une fable philosophique, venue du fin fond d’un désert. L’histoire est simple : le petit Adel n’a jamais manqué de rien, sauf de vrais amis. Heureusement Darwin, un scarabée géant, et Tardigrade, un autre type d’insecte fabuleux, sortent de ses pensées et l’accompagnent, le veillent, le conseillent lors de ses longues journées solitaires. Lorsque la guerre éclate dans son pays, le petit garçon isolé se retrouve prisonnier des « Chabab-el-Sahra » (combattants du désert), opposés au « Chabab-el-tilal » (combattants des dunes). Pour convaincre le cheikh qu’il n’est pas complice de l’ennemi et s’affranchir de cette guerre absurde (laquelle ne l’est pas ?), Adel devra sortir de sa réserve d’enfant, et exercer son libre-arbitre. L’archétype du conte initiatique, donc ; une fable intemporelle sur le passage à l’âge adulte et le destin que l’on se forge (ou pas, si on regarde de plus près ces soldats apathiques qui « n’ont pas envie de se poser des questions », qui « errent comme des fantômes » et qui « attendent qu’on les prenne par la main »).
Il y a quelque chose d’Anouilh dans l’écriture d’Hilal, d’une poésie et d’une finesse sans fioriture. Comme sa lointaine cousine Antigone, Adel apprend à « dire non », avec plus de tendresse, de naïveté, sans tragique ni pathos. Sous le patronage bienveillant de Miles Davis, Jacques Prévert ou encore Hegel, le petit Adel façonne son chemin d’homme libre… ou presque, car comme nous le rappelle l’auteur en citant Christiane Baroche en exergue « Quitte à devenir le vassal que la vie parfois nous oblige d’être, choisis ton maître. »
Une pépite à mettre entre des mains petites ou fripées, qui vise l’universel et touche au cœur de notre identité.

Beau-livre, Indonésie
Mentawai. Les Sages de la forêt, textes et photos de Raymond Figueras, gravures de Loïc Tréhin, 22,90€, Elytis, 2020
Nombreux sont les voyageurs d’aujourd’hui à se poser la même question : existe-t-il encore des lieux reculés, préservés des trépidations du monde soi-disant « moderne » ? Que reste-t-il à explorer ? En racontant ses séjours sur l’île de Siberut, dans l’archipel indonésien, Raymond Figueras apporte la preuve que oui, certains peuples installés au cœur d’une nature indomptée persistent. Lui-même écrit avoir été frappé par « ces images d’un temps [qu’il] croyait révolu ». Et pour cause ! Les « hommes-fleurs » qu’il rencontre, le corps marqué par de nombreux tatouages rituels, n’ont pas renoncé à la vie quasi autarcique dans une forêt incroyablement nourricière : les branches deviennent des arcs, les roseaux des flèches, les fibres végétales des cordes, les bambous des pilotis de maison, sans oublier les fruits qui se mangent, les feuilles qui enveloppent les aliments à cuire, les fleurs qui ornent les cheveux…
Sous la plume précise de Raymond Figueras, on découvre en détails un quotidien occupé par les parties de pêche et de chasse, mais aussi les cérémonies chamaniques qui rythment leur existence. Un récit passionnant, magnifié par les splendides gravures (sur bois, bien entendu !) signées de Loïc Tréhin. Un bijou !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s