Confinés ? Lisez !

Nos coups de cœur du moment

Rappel : en cette période de confinement, vous pouvez pré-commander des livres à La Géosphère. Pour cela, il vous suffit de nous envoyer un petit mail à librairiegeosphere@gmail.com, et nous vous indiquerons la marche à suivre.

Roman, États-Unis
Le Chant de la frontière, Jim Lynch, traduit de l’anglais américain par Jean Esch (éditions Gallmeister, 2020, 10,80 €) 
Envolons-nous ! Littéralement. Pour cela, un guide vous attend : Brandon Vanderkool. Hâtez le pas, il ne vous attendra pas ! Ce géant loufoque et sensible n’a qu’une passion, les oiseaux (et puis une certaine Madeline, peut-être, aussi…). Pour les observer, il sillonne des kilomètres et des kilomètres le long de la frontière américano-canadienne – quand il ne s’adonne pas au land-art, ou ne donne pas un coup de main dans la ferme en faillite de son père. Fraîchement recruté par la police des frontières, le lunaire mastodonte commence à enchaîner les arrestations : petits trafiquants, terroristes supposés, réfugiés en errance. Est-ce parce qu’il est dyslexique ? Autiste ? Qu’il possède une perception unique des choses ? Que les oiseaux eux-mêmes lui servent d’indics ? Dans ce petit monde au bout du monde, il n’en faut pas plus pour susciter les bavardages. Et pendant ce temps-là, une voisine canadienne, Madeline la révoltée, s’initie au trafic de drogue pour fuir cette communauté…
C’est une satire douce-amère à laquelle Lynch s’adonne. Dans cette micro-société peinte par l’auteur, on observe avec humour les phénomènes paranoïaques et les tendances terrorisées des concitoyens. Et Brandon Vanderkool, électron libre et poétique, nous offre son regard résolument bienveillant, optimiste et sensible sur le monde. Une lecture bien à propos, qui nous invite, comme Brandon, à voler au-dessus de tout ce qui nous divise…

Roman, Japon
Les chats ne rient pas, Kosuke Mukai, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako (éditions Philippe Picquier, 14 €, à paraître en septembre)
Je suis sûre que vous avez besoin de douceur… De chaleur… De lectures qui vous embarquent sans prise de tête… En tout cas, c’est mon cas, en ces temps de confinement. Et c’est exactement ce que j’ai trouvé dans Les chats ne rient pas, roman tout simple de Kosuke Mukai. Au cœur de l’intrigue se blottit Son, un vieux chat mourant. Renko, la femme qui s’en occupe, a décidé de renouer avec son ex-compagnon pour qu’il puisse lui aussi accompagner l’animal dans ses derniers moments. Le nouveau compagnon de Renko est d’accord – il n’a pas eu son mot à dire, en fait. Drôle de constellation, que celle qui se met alors en place autour du matou en fin de vie. Le passé ne manque pas de ressurgir, faisant émerger quelques rancœurs, mais aussi le désir de réparer certaines erreurs. Un profond respect, empreint de cette retenue si typiquement japonaise, irrigue les relations de cet étrange quatuor. Et ça fait du bien. Tout simplement.

Roman, Afrique du Sud / Angleterre / Pologne
Débutants, Catherine Blondeau (éditions Mémoire d’encrier, 2019, 25€)
Imaginez un arbre. Le tronc noueux, massif, solidement ancré dans la terre. Des branches qui s’élancent loin dans le ciel. Majestueux ! Le roman de Catherine Blondeau lui ressemble. Le tronc, c’est Nelson le Sud-Africain. Colérique, solaire, brillant. De ce centre émergent plusieurs branches : l’une explore les peintures rupestres préhistoriques, puisque c’est la spécialité de ce personnage ; une autre fouille jusqu’à la nausée l’histoire de l’apartheid.
Et notre arbre compte encore deux branches maîtresses : celle de Peter l’Anglais (sensible, mélomane, discret) et celle de Magda la Polonaise (libre, effrontée, déroutante), qui nous embarquent successivement dans le Londres underground et homosexuel des années 1980, puis à Wałbrzych, ville qui fut tour à tour prussienne, allemande et polonaise. Et voici ce qui bourgeonne encore sur cet arbre magnifique : ici la question de l’exil et du racisme, là celle de l’amour, sous toutes ses formes, plus loin celle de la filiation…
Kaléidoscope plein d’audace, d’une remarquable cohérence, Débutants ne semble pas avoir été écrit par une débutante. Et pourtant, c’est le premier roman de Catherine Blondeau. Un pavé de 550 pages que l’on voudrait pouvoir lire d’une seule traite : un coup de maître !

Roman, Soudan
Les Jango, Abdelaziz Baraka Sakin, traduit de l’arabe (Soudan) par Xavier Luffin (éditions Zulma, 2020, 22,50 €)
Bienvenue au royaume des bonimenteurs, du verbe haut en couleurs – bienvenue chez les prostituées au grand cœur, chez les racoleurs, les invétérés buveurs et les laborieux travailleurs. Bienvenue chez les Jango, « sages à la saison sèche, et fous à la saison des pluies ».
Al-Hilla, région du Soudan proche de la frontière éthiopienne. C’est ici que l’on rencontre les Jango, saisonniers de la terre. Lorsque les récoltes sont finies, c’est l’alcool et les femmes qu’ils consomment à foison. Et ainsi, depuis toujours, va la vie.
Seulement voilà, un jour s’installe une banque à Al-Hilla. Puis un réseau de télécommunication. Enfin, coup de grâce, les moissonneuses-batteuses. Et c’est la révolte de ce peuple cosmopolite et bigarré, sublime et sans espoir, qu’Abdelaziz Baraka Sakin narre dans ce deuxième roman, (évidemment) interdit au Soudan. Avec beaucoup d’humour, l’auteur décrit la guerre. L’ennemi du peuple, ici, n’est pas l’Autre, mais le gouvernement.
Au fil d’une narration erratique, Abdelaziz Baraka Sakin nous décrit un Soudan insoupçonnable, politique, subversif et jubilatoire. Un pays où les djinns côtoient les transsexuel.le.s et où les femmes mènent la danse, et la révolution ! Mosaïque chamarrée et vibrante, Les Jango nous embarque dans sa transe !

Et vous, que lisez-vous ?

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