Romans engagés : nos coups de cœur

Roman – Angleterre
Le Cœur de l’Angleterre, Jonathan Coe, Gallimard , 2019
Jonathan Coe, mondialement connu depuis le succès de Testament à l’anglaise (1994), est un peintre mordant et sans concession sur la société britannique. À l’heure du Brexit, il renoue avec les membres de la saga Trotter : Benjamin savoure sa cinquantaine dans un moulin aménagé sur les rives de la Severn, loin des fureurs de Londres ; son vieux père esseulé milite férocement pour une sortie de l’Union Européenne ; son grand ami Doug décortique patiemment pour la presse les passes d’armes des partis politiques du pays et sa nièce Sophie se demande si le Brexit est une cause valable de divorce. La grande force de Coe est de mêler la petite histoire à la grande et de nous livrer une satire féroce – bien que dénuée de pathos ! – d’une nation en crise. « Comment en sommes-nous arrivés là ? » semblent s’interroger tous les personnages. Bonne question… qui restera sans réponse claire mais joyeusement inspirante !
N.B. : Le Cœur de l’Angleterre peut se lire indépendamment de Bienvenue au Club (2001) et Le Cercle fermé (2004), l’auteur ayant la délicatesse d’introduire les personnages comme si le lecteur ne les connaissait pas.

Roman – Kurdistan
Le Dernier Grenadier du monde, Ali Bakhtiar, éditions Métailié, 2019
C’est une petite pépite que nous offrent les éditions Métailié en cette rentrée littéraire. Une pépite, ou plutôt un joyau, couleur sang et grenade, qu’on imagine lové dans les velours d’un palais des mille et une nuits…
Un palais luxueux, comme celui où atterrit Mouzafar, déboussolé, en pleine nuit. Après vingt années passées dans une prison de sable, ce peshmerga oublié de (presque) tous est soudainement libéré, et conduit dans la richissime demeure de son ancien ami, un légendaire chef révolutionnaire kurde.
Mais Mouzafar, électron solitaire porté par le vent du désert, encore une fois s’échappera. Dans son pays dévasté, il part en quête de son fils unique. En chemin il rencontrera deux sœurs un peu sorcières, un grenadier guérisseur, le souvenir d’un jeune homme au cœur de verre, et glane les échos des furies de la guerre. Une fable contemporaine qui rend hommage au Kurdistan. Une lecture qui se savoure avec patience, dès lors qu’on accepte de se perdre sur les chemins de traverse d’une narration foisonnante et incroyablement poétique.

Roman – Tunisie
L’Amas ardent, Yamen Manai, 2017 éditions Elyzad, 2019 éditions J’ai Lu
Pas facile, d’aborder en douceur la thématique de l’endoctrinement religieux… C’est pourtant ce que parvient à faire Yamen Manai, écrivain d’origine tunisienne. Avec la verve d’un conteur d’antan, dans une langue superbe, il brosse le portrait d’un village du Qafar, pays imaginaire, certes, mais reflet évident de la Tunisie actuelle. Il y est question de Don, apiculteur passionné un peu coupé du monde, qui découvre avec terreur que ses abeilles, ses chères filles comme il les appelle, sont férocement attaquées par un prédateur nouveau. En parallèle, c’est tout son village qui, sous couvert d’aide humanitaire, est devenue la proie d’islamistes radicaux. Deux luttes, la petite et la grande, celle de l’amoureux des insectes et celle des défenseurs des libertés, s’engagent alors. Et l’histoire des abeilles attaquées prend alors des allures de parabole, jusqu’à l’apothéose finale. C’est une immense réussite que ce roman-là, justement récompensé par de nombreux prix.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s